Les articles du Projet INDE 2009
L'Inde est le reve de l'occident. Alexandre Le Grand put l'entrevoir. Les Romains y firent commerce. Marco Polo y suivit d'autres marchands sur la route de la soie. Des le 15e siecle, des caravelles contournent l'Afrique pour y accoster. Christophe Colomb explore un chemin par l'Ouest et decouvre les Indes Occidentales. Ainsi s'expliquent les Indiens... d'Amerique. Les Anglais y etablirent la plus peuplee des colonies du Globe. Depuis les annees '60, des Occidentaux y cherchent la voie de la sagesse, s'egarant a l'occasion dans le dedale des paradis artificiels.
A Bombay (aujourd'hui Mumbai), la Porte des Indes est le symbole de ce passage radical entre l'Occident et l'Orient. Ici commence un autre monde.
C'est dans ce monde que 15 Fourmis.Terre se sont aventurees aujourd'hui. Leur periple a commence le vendredi 10 juillet au (tres) petit matin. Quatre jours plus tard, elles ont atteint le but de leur voyage : Gulbarga, une ville d'a peine ( !) un million d'habitants, sur le plateau semi-desertique du Deccan, au centre du pays (zut ! voila que l'electricite se coupe une nouvelle fois ! Heureusement, vers 18h30, il fait encore un peu jour et je peux continuer a rediger pendant que le reste du groupe se remet du travail de la journee). Entre Zaventem et Gulbarga, il y a deux heures d'attente a Bruxelles, une heure d'avion jusque Londres, puis trois heures de stand by a Heathrow avant de reprendre l'avion pour repasser au dessus de ... Bruxelles. Neuf heures d'avion plus tard, nous etions a Bombay ou Keith Pinto nous attendait a l'aeroport. Je crois qu'il n'a pas eu de difficulte a reconnaitre certain membre du groupe. Nous logerons dans un centre de perfectionnement au Quartier d'Andheri East. Courte nuit car il faut maintenant organiser notre deplacement de dimanche. L'apres midi est consacree a une (tres) longue promenade dans Mumbai...juste de quoi aller voir la mer ("Arabian Sea") et tenter l'experience incomparable d'un retour en Rickshaw motorise. La nuit suivante sera de nouveau bien courte, puisque le reveil est fixe a 05h30 (Ah ! voila l'electricite qui est de retour, c'est pas plus mal...et les ventilo's se remettent en route). Et ce bus qui devait nous conduire a la Victoria Station de Bombay (inscrite sur la liste du Patrimoine de l'Humanite) qui n'arrive pas !!! Enfin le voila pour une course folle dans un Mumbai qui lentement eveille son dimanche matin. Nous sommes a la gare a 07h55. Depart a 8h02 sans retard. Ouf ! plus rien ne devrait nous arriver avant d'avoir atteint Gulbarga... sauf 10 heures de trajet a travers des paysages de plus en plus arides.
Aujourd'hui lundi 13 juillet, les Foumis.Terre vont bien et vous adressent leur meilleur Bonjour.
Samedi 11 juillet (0 h. 25) : notre avion se pose calmement sur la piste de l'aeroport de Bombay international. Quoi de plus normal ! Derniers controles. Tous nos papiers sont bien en ordre. Keith nous attend dans le hall. Oui, il fait chaud dans les couloirs de l'aeroport. Normal... nous sommes en Inde.
Une derniere porte a franchir et, ouf ! Nous voila dehors... en plein air Serions-nous donc tombes dans un sauna ? Il est 1 heure du matin; la temperature est de plus de 30 degres et nos lunettes se sont remplies de buee. Le choc de l'arrivee ! Le Pere Donald nous attendait. Les chambres sont simples mais accueillantes. Moustiqaires aux fenetres, douche a l'indienne et wc a l'occidentale. Seule la pluie vraiment torrentielle qui s'abat sur Bombay endormi nous rappelle que nous sommes a l'autre bout du monde.
Le jour qui point nous revele une ville noyee de mousson, ou les murs des hauts immeubles verdissent sous la moisissure. Rien ne seche et nos essuies se mettent a puer horriblement.
Il faut penser a changer nos euros contre des roupies. Les 600 kilometres de voyage en train entre Bombay et Gulbarga nos couteront quand meme un peu moins de 4 (oui quatre) euros par personne.
Il faut aussi boire et manger. Le pere Donald nous conseille un restaurant veg et non veg. On y prepare aussi bien des plats vegetariens que des plats non vegetariens. A midi, nous resterons prudemment dans le domaine du poulet et du kebab de canard. Avec le riz comme inevitable accompagnement. Nous commandons de grandes assiettes que nous nous repartissons entre nous. Nous en aurons quand meme pour 25 euros pour nous quinze... grandes bouteilles d'eau comprises. Le souper vegetarien du soir (deja de l'audace !) sera delicieux, surprenant et inattendu. Il nous coutera, boissons comprises, a peine plus de 1 (un) euro par personne.
Comment raconter une expedition a pied (et a quinze) dans les rues follement animees de Bombay ? Nous marchons a la file indienne (normal !?). Les trottoirs sont parfois praticables mais le plus souvent envahis de commerces, de petits artisanats et de marchandises entreposees... sauf aux endroits ou s'ouvrent des grands trous qui laissent voir et se deverser les egouts d'une ville de plus de quinze millions d'habitants. Au detour d'une avenue, une cour etroite et encombree laisse voir une vingtaine de buffles qui font penser a une ferme. Pendant qu'a quelques metres de la, des porcs en divagation remuent les tas d'ordures. Nous verrons meme une vache sacree suivre calmement le flot de la circulation. Ici, comme en angleterre, on roule a gauche... et la vache aussi... heureusement ! La route est evidemment plus longue que prevu (Bon sang, cest dans la cuisine que j'ai trouve une petite place pour rediger et voila qu'il monte tout a coup des odeurs de cuisson qui me font rever) et nous frolons un flot automobile proche du delire. Et le fait de la circulation a gauche n'arrange rien pour nous.
La mer, enfin ! Avec des vagues enormes et deferlantes, une brume qui trouble les lunettes. Comme nous sommes samedi soir, les habitants de la ville viennent prendre un peu de distraction sur la plage, seule cour de recreation d'une ville surpeuplee jusqu'a la corde. De loin se voit un tracteur qui vient vers nous. Il est accompagne d'une dizaine de personnes qui s'efforcent de nettoyer la plage de tous les dechets qui s'y accumulent. Vous raconterons-nous notre retour en rickshaw, une sorte de vespa elargie vers l'arriere et qui peut accueillir, outre le chauffeur, pas moins de trois passagers... en plein vent ? Ca se faufile et ca caracole en ne laissant que quelque millimetres d'ecart, le plus souvent. Grace a une utilisation intensive et probablement judicieuse du klaxon, tout cela se deroule pourtant dans tous les sens sans le moindre accident. Et tous se sont finalement retrouves sains et saufs devant le Holy Spirit hospital.
A suivre
L'Inde, pays de contraste! Mumbai, ville aux mille et un visages, tantot archaique et misereux, tantot hyper moderne. Les habitants vont pieds nus...mais le gsm dernier cri colle a l'oreille du matin au soir ! Gulbarga...l'hopital ou nous logeons se trouve au milieu de nulle part, bien en dehors de la ville...mais les reseaux telephoniques abondent et se bousculent sur nos gsm !
Nous sommes a la fois epates et ebahis par les methodes de travail "a l'Indienne" ! Cote construction, c'est avec des paniers et de larges houes que l'on charrie et deplace des tonnes de gravat. Le contraste est grand entre les Fourmis, solidement chaussees et gantees... et les ouvriers locaux maniant les outils et barres de fer entre leurs pieds nus. Quelle que soit la taille d'un building en construction ou refection, c'est en grosses tiges de bambou que sont eleves les echafaudages. Et l'on reste saisi devant l'agilite des ouvriers qui escaladent a toute vitesse les montants irreguliers pour les lier ensemble avec de la simple corde et en prolonger la structure..
Impossible de voir cela sans penser aux methodes occidentales, reglementations, procedures et tout ce qui est developpe (frisant parfois l'exces) depuis des decennies pour garantir au maximum la securite de toute personne au travail. Combien de temps faudra-t-il a l'Inde pour amorcer pareil mouvement ?
Quant a l'electricite et ce qui gravite autour... c'est hallucinant ! Sous des pylones haute tension a lignes multiples, les habitations sont alimentees en 220V (par intermittence) par des installations sommaires, prenant leur source...non pas dans des coffrets muraux mais sur des plaques murales aux entrelacs de fils divers formant des "scoubidous" en tous genres !!!
Mais comment s'y retrouvent-ils ? Mystere !
Cerise sur le gateau...l'equipement electrique : je n'ai pas pu resister a l'envie de photographier des ouvriers travaillant, dans notre batiment, a la pose de chassis (oui ! Grand luxe, nous avons a present des vitres a nos fenetres, histoire de ne pas etre inondes lors des "attaques" de Mousson !).
Le cable est constitue de morceaux de conducteurs mis bout a bout et torsades...pour obtenir la longueur desiree (c'est a dire jusqu'a la prise murale la plus proche), le tout tortille aux moignons de fils sortant de la perceuse.
Et la fiche ?... euh quelle fiche ? Elle est tout simplement inexistante ! On glisse simplement les extremites des fils dans les trous de la prise en esperant que cela tienne... Sinon, un ouvrier perce... et l'autre aide les fils a tenir dans la prise !
Bon, c'est l'heure de reprendre les gants de manutention pour retourner au chantier... Vigilance...
Nous avons vu Bombay... la Porte des Indes. Une chaleur moite et pourrissante envahit l'enorme et incroyable megalopole. Nous avons goute les epices et la nourriture vegetarienne. Par les pieds (et les cloches pour certains) nous avons mesure l'immensite d'une ville aussi grande que certaines provinces de chez nous. Nous avons vu Victoria Station et les plages de la mer Arabique.
Meme si cela y ressemble parfois, les fourmis.terre ne font pas de tourisme.
Flash back sur deux annees de travaux preparatoires. Mais... ces fourmis ? Qui sont-elles donc ? me direz-vous peut-etre ? Elles trottent depuis 16 annees. Cette association libre de cooperation au developpement est nee dans les locaux de l'Ecole Normale de Braine-le-Comte. Il s'agissait, la premiere fois de se grouper, de reunir 300.000 francs belges et de partir pendant un mois en Thailande pour contribuer a la construction d'une ecole primaire. L'experience fut une reussite et reste un souvenir exceptionnel dans la memoire de ceux qui y participerent. De la l'idee de remettre ca ! Ouagadougou 1995 suivit Ban Bang Ren 1993. L'habitude s'installait. En 1997 (Chili), il devint evident que nous etions partis sur le rythme d'une biennale ! Ce fut le Burkina encore en 1999 puis l'Inde en 2001. Le Burkina Faso a nouveau en 2003. Suivirent encore le Perou en 2005 et, comme il se doit, le Burkina encore et toujours en 2007.
L'ordre des choses voulait cette annee que nous nous orientions vers l'Asie. Des contacts pris du Nepal au Cambodge nous entrainerent finalement a Gulbarga (province du Karnataka en Inde). Un projet de construction d'un home pour enfants abandonnes (la plaie sociale du pays) nous y attendait.
Mais il ne suffit pas de dire "Nous irons ici ou la !"
Il faut aussi que cela obeisse a la philosophie des fourmis (attention a la derniere : nous ne sommes pas une secte mais unsecte... car les fourmis, c'est bien connu, aiment rire) : une aide au developpement qui passe par un investissement financier consequent dans la mise en place d'un equipement destine a la collectivite. Avec une attention speciale a l'egard des jeunes et de l'education, un souci de collaborer sans rien imposer mais sans rien abdiquer.
C'est bien d'avoir une philosophie... mais il faut aussi des sous !!! Des euros ! Beaucoup d'euros...
C'est la raison pour laquelle les fourmis ne parten que tous les deux ans. Car il faut bien toute cette periode pour recolter une somme vraiment significative qui peut atteindre d'une fois a l'autre de 15 a 20.000 euros. C'est a ce prix que les fourmis peuvent se lancer dans des projets tels qu'un "Centro de capacitacion" au Perou, une ecole secondaire au Burkina Faso ou, comme cette annee,un home pour enfants abandonnes dans le Karnataka en Inde.
20.000 euros ne se gagnent pas si facilement. Meme si l'on est de 30 a 40 fourmis mobilisees en permanence. Ainsi, fin aout de chaque annee, les fourmis gagnent de l'ordre de 2.000 euros en prestant quelques centaines d'heures dans le cadre de la manifestation "Art et Saveur" du Rotary Club de Soignies, a l'abbaye de Saint-Denis. De meme, les fourmis gagnent de 2 a 3.000 euros a l'occasion de leur annuelle marche ADEPS de fin juin a l'abbaye de Saint-Denis (cette fois encore).
Il faut encore savoir, et nous revenons ainsi a notre philosophie de base, consacrent la totalite de leurs "gains" a la realisation de leur projet d'equipement biennal. Tous les autres frais, notamment de voyage et d'hebergement, sont entierement a la charge de chacun.
Sur la route de Gulbarga, il faut passer par Bombay et la Porte des Indes. Le moyen le plus economique et le plus deroutant pour aller de Bombay a Gulbarga est assurement le chemin de fer.
Nous y avons passe pas moins de dix heures ce dernier dimanche. Comme souvent, le convoi est immense. Il nous attend le long du quai 14 de la Victoria Station. Trop presses par le retard de notre bus, nous n'avons pas pu admirer cette gare exceptionelle qui figure sur la liste du Patrimoine de l'Humanite (Unesco). Nous nous engouffrons et trouvons les places qui nous ont ete reservees par nos hotes Indiens. Chaque wagon est constitue de compartiments 'ouverts' composes de 2 banquettes de 3 places face a face. Un couloir les separe d'une troisieme banquette qui, elle, est placee dans le sens de la longueur du train. L'organisation des banquettes permet de disposer d'autant de couchettes rabattables que de places assises. Car nous sommes bien dans un "sleeping", train-couchette. Nous voila installes.
Notre train commence la remontee de toute la peninsule sur laquelle Bombay fait grimper ses immeubles. Apres une quarantaine de kilometres, nous decouvrons des campagnes que le train traverse en evitant les premiers contreforts du plateau du Deccan. Des champs inondes signalent une economie de rizieres. Ici et la, des carres de riz baignent deja dans l'eau. Ailleurs, des attelages parcourent l'eau boueuse pour proceder au necessaire labour. Partout on reconnait les signes d'une eau tombee en abondance. Les rivieres boueuses trahissent les effets de l'erosion.
Et le train monte toujours pour atteindre finalement une altitude de l'ordre de 1000 metres. Progressivement, l'eau se rarefie. Des puits d'un tres large diametre et d'une grande profondeur commencent alors a se multiplier et signalent quant a eux une pluviometrie rare et incertaine.
Des zones quasi desertiques succedent ainsi a des champs ou l'on attend, entre des diguettes, l'eau qui permettra le demarrage des cultures. Gulbarga est au bout de cette route. Nous y decouvrirons un paysage d'epineux et de terre aride et pierreuse. On y attend pour l'instant une pluie dont c'est pourtant la saison.
Mais l'etonnement et la decouverte ne sont pas seulement a l'exterieur du train. La vie a l'interieur, surtout lorsque l'on parcourt comme nous une assez longue distance, occasionne bien des surprises. Que nous veut celui-la qui s'epoumonne a crier "leins !" tout au long des couloirs ? Nous mettrons un certain temps a comprendre qu'il propose de nous servir un "lunch", accent indien oblige. Un autre nous proposera des "a-escrime" (ice-cream) et toute la panoplie de ce que l'on peut manger et boire (surtout du the) defilera devant nous tout au long du voyage.
A chaque arret, sur le quai, on nous propose des "sendwiic" (sandwich) et toutes sortes de fruits. Les bananes se vendent a la piece a 4 centimes d'Euro. Elles sont excellentes... puisqu'on vous le dit. On vous montrera aussi des bonbons, des chips de marque ou artisanaux, des jouets en plastique, des cadenas et que sais-je encore ! Cent metiers s'exercent ainsi au gre des achats des visiteurs.
Mais le train est encore le rendez-vous des mendiants. Les enfants ne quittent pas les gares et attirent votre attention en vous touchant le bras a travers les barreaux de vos fenetres. Ils recoivent des piecettes et un peu de nourriture. L'un ou l'autre se hasarde a l'entree du wagon et fait mine de nettoyer le sol de votre compartiment en sollicitant aussitot une "participation". Passent encore des estropies en tous genres qui s'efforcent de vous apitoyer. Enfin, trois aveugles defilent en chantant et se suivent a la queue-leu-leu le long du couloir. Voila assurement le groupe le plus etonnant.
Voila ce qu'ont vu les Fourmis en traversant le Karnataka ce dimanche 12 juillet 2009.
Comment peut-on etre Fourmi ? Il suffit de leur demander. Elles sont pour l'instant sur le plateau du Deccan. Plus exactement dans un hopital (en voie d'achevement) le long de la route de Bidar, au sortir de la ville de Gulbarga (province du Karnataka) en Inde. Vous n'aurez aucune peine a les trouver. C'est le dernier immeuble a droite en sortant...
Quinze Fourmis sont la pour un mois. Des plus jeunes (a partir de 24 ans) et des moins jeunes (58 et jusque 69). L'entente est excellente, meme si (ou parce que) le groupe est largement intergenerationnel... comme on dit aujourd'hui !
Il y a les Fourmis des derniers jours. Elodie (de Neufvilles) nous a rejoints fin avril dernier. Quelle disponibilite pour le barbecue de Petit-Roeulx et la marche ADEPS de Saint-Denis ! Il y a les Fourmis qui se sont decidees le jour de l'achat des billets d'avion : Agata (l'institutrice de Braine-le-Comte) et Laurent, notre doyen de Petit-Roeulx-lez-Braine. On le connaissait depuis longtemps mais il s'est decide d'un coup lors de notre souper crepes.
Quelques nouvelles Fourmis etaient avec nous depuis plus longtemps. Charlotte, notre autre insitutrice, habite Buvrinnes. Christophe (etudiant aux FUCAM) accompagne son frere deja Fourmi en 2007 au Burkina Faso. Haresh travaille dans une entreprise de logistique dans les environs de Charleroi.
Comme chaque fois, des Fourmis ont rempile. Antoine, recemment diplome en Sciences Politiques de l'Universite d'Anvers etait au Burkina en 2007. De meme que Anne-Katherine (qui accede au troisieme baccalaureat medecine en septembre prochain), de meme encore que Brigitte, Fourmi Nantaise arrivee a travers des liens etablis par le biais d'internet et Benoit amene par des liens amicaux noues autour du parrainage des enfants de l'ecole Somde de Kossoghin au Burkina Faso.
Il y a aussi Damien, notre bachelier en construction, qui etait du projet Perou en 2005 et Veronique, notre traductrice patentee, qui faisait partie des projets Fourmis en Inde (Hyderabad) en 2001 et Perou en 2005. Catherine en est, elle aussi, a sa troisieme participation, ayant aligne precedemment le Perou en 2005 et le Burkina Faso en 2007. De quoi decouvrir en 4 annees seulement l'Amerique du Sud, l'Afrique et l'Asie. Rose-Marie et Gerard ont quant a eux assure la continuite des projets des Fourmis, relancant la machine de deux ans en deux ans depuis le premier projet en Thailande en 1993 jusqu'a ce deuxieme sejour en Inde. A eux deux, ils totalisent pres de deux annees passees dans des pays du Sud depuis 16 ans. De quoi ne plus avoir tout a fait les pieds en Europe, mais la tete aux quatre coins de notre petite planete.
Nous accompagent en pensee quelques Fourmis qui ne se sont pas envolees cette annee. Elles ont participe a toutes les activites preparatoires. Marie (Soignies) est etudiante en histoire a l'Universite de Louvain. Jerome et Antoine (Enghien) sont tous deux bacheliers en construction, a coup sur ils nous accompagneront pour leur premier vol en 2011. Et beaucoup d'autres Fourmis, des projets anterieurs, nous suivent a travers des mails et notre site internet. Nous les saluons de loin, en meme temps que toutes nos familles.
Que font ces quinze fourmis au bord de celle ville inconnue de l'Inde profonde ? Quinze Occidentaux qui ont choisi de financer la-bas la construction d'un home pour enfants abandonnes. Ils ont choisi de financer mais aussi de participer directement et concretement au chantier. Voila pourquoi ils ont quitte l'Europe et pris a leur charge tous les frais de deplacement et d'hebergement lies a leur projet.
Quelles sont aujourd'hui leurs conditions de vie ? Disons d'abord, pour rassurer les familles, qu'ils sont tous a l'hopital. Precisons cependant que cet hopital est encore en phase de construction (mise en service reelle prevue pour le 15 septembre prochain).
Hier, on a installe les vitres aux fenetres. Et si l'etage, ou nous avons nos quartiers, est peint, carrele et equipe sur le plan electrique, on est loin d'etre arrive a ce point d'avancement au rez (aucune menuiserie, saignees electriques en cours tout comme une partie des carrelages. A part cela, le batiment est ouvert a tous vents. En cette periode de mousson, ce n'est pas une image !
Nous avons ete particulierement bien accueillis par l'assocation indienne avec laquelle nous collaborons. Nous vivons dans quatre pieces, soit deux dortoirs, une salle polyvalente qui sert en meme temps pour la lessive, le repassage, l'etude et internet et une sorte de refectoire. Au fond de notre domaine, nous avons decouvert une douche (en fait, on s'asperge avec de grands gobelets) et deux wc (qui peuvent egalement servir de salles de douche). Face a notre refectoire, voila encore la cuisine sur laquelle regne Miswatchi, notre attentionnee cuisiniere, embauchee pour tout le mois de notre sejour. A part le fait que l'eau manque parfois et l'electricite plsieurs fois par jour (surtout aux moments ou nous en avons le plus besoin) nous beneficions finalement de conditions assez favorables et ne souffrons pas trop de la chaleur (grace a un fort courant d'air pemanent... la saison de la mousson y est propice).
Au rez-de-chaussee, carreleurs, peintres, electriciens et macons continuent a s'activer (et nous ne cessons de nous etonner de la dynamique du chantier). En tres peu de temps, nous avons trouve nos marques.
Comme plusieurs d'entre nous se reveillent tres tot, toilettes et douches ne sont pas trop encombrees. Le dejeuner est pret a 8 heures (ici on dit 8 am pour "ante meridiem"). Il y a toujours du pain a table ainsi que du the tres chaud et du lait egalement tres chaud a melanger au the. C'est le the indien. Nous n'avons plus vu de cafe depuis une semaine. En plus du pain a la confitue, Miswatchi nous prepare un plat un peu plus cuisine (riz, nouilles, oeufs sur le plat...).
Vers 9 am, nous en sommes aux derniers preparatifs de le journee et nous nous dirigeons vers le chantier qui est litteralement a deux pas.
Austin, qui assure a la perfection le contact avec My Lord Miranda (originaire de Goa ... comme son nom a consonance espagnole le laisse deviner) s'inquiete en permanence de tous les petits problemes que nous pourrions rencontrer et nous reserve toutes sortes de petites attentions : pause the indien au milieu de la matinee et au milieu de l'apres-midi, douceurs sous forme de petits gateaux et autres preparations culinaires du pays.
Nous prenons notre principal repas vers 13 heures ou plutot 1 pm (post meridiem). Puis c'est le temps de faire l'entretien du linge (nous transpirons enormement, meme en dehors des heures de travail). De faire la sieste mais aussi de rediger nos impressions ou de faire un (tres) petit et plutot lent tour sur Internet (exclusivement reserve aux mails).
Nous retrouvons le chantier vers 3 pm. Et nous ne le lachons pas avant 6 pm bien sonnees. Le souper est fixe a 7 30 pm. A ce moment, la nuit est deja tombee. Vient ensuite une assez longue soiree qui se partage entre menus travaux d'entretien, discussions au gre des etonnements de la journee et jeux. Apres le whist, nous sommes passes au loup garou... celui-la meme qui avait fait les beaux soirs de Ouagadougou en 2007.
Extinction des feux vers 11 30 pm. Mais nous nous rendons compte que c'est peut etre un peu tard. La tendance a la generalisation de la sieste confirme cette impression. Finalement, nous nous acclimatons.
Depuis le lundi 13 juillet, quinze fourmis se sont attelees a la construction du nouveau home pour enfants abandonnes de Gulbarga. A notre arrivee, il n'y avait sur le site que les socles de beton de la future batisse. Le ferraillage des piliers montait ainsi du sol. Comme les fourmis ne sont ni maconnes, ni coffreuses et ni betonneuses, elles se sont "specialisees " dans des missions de manoeuvres. Ce qui, jusqu'ici, s'est traduit par un nombre incalculable de remplissages et de transports de paniers de terre melangee de cailloux. Le travail consiste ainsi, pour l'instant, a remplir des paniers (en plastique, un peu en forme de wok) et d'en acheminer le contenu a l'interieur des poutres de beton qui formeront les soubassements du batiment. C'est deja, de cette maniere, quelques dizaines de tonnes que nous avons vehiculees. Deja l'equipe indienne s'apprete a prendre le relais pour coffrer les piliers. La suite du travail consistera a elever les murs proprement dits a l'aide de blocs de beton et de briques (qui se trouvent deja sur le chantier).
Malgre des moyens qui nous paraissent parfois rudimentaires, l'efficacite du travail de l'equipe indienne en impressionne plus d'un. Ces grosses barres de fer a beton se coupent au burin et les etriers se plient sur une simple planche a clous posee sur un appui de fenetre. Si le mode de coffrage ne s'eloigne guere de ce que nous connaissons (a part le fait de recourir a toutes sortes de planches et de planchettes), l'acheminement du beton entre le melangeur et le batiment se fait exclusivement par une equipe de femmes. Le beton est d'abord charge dans des plateaux metalliques en forme de wok. Un homme souleve le plateau et le depose sur une sorte de coussinet que les femmes se posent sur la tete. Le coussinet est simplement fait d'un sac (type sac de ciment) enroule sur lui-meme. Le cortege des femmes chargees de ces plateaux de beton s'etire ainsi entre la betonniere et les fondations. Un homme est au bout de l'itineraire pour aider a decharger les plateaux.
Pendant ce temps, une autre equipe d'ouvriers poursuit la realisation du carrelage dans les differentes pieces du rez-de-chaussee du futur hopital. La, ce sont des couples qui sont a l'ouvrage. Les femmes sassent le sable pour obtenir un produit fin et homogene. Les hommes melangent le mortier et posent les carrelages. Les femmes enfin realisent la finition et nettoient les surfaces ainsi achevees.
Nous sommes evidemment etonnes par l'age de certains travailleurs de l'equipe des macons. Plusieurs n'ont apparemment pas plus de 12 ou 13 ans et semblent deja bien habitues aux techniques du metier. Ils sont affectes a des operations secondaires mais participent au chantier au meme titre que les adultes et selon les memes horaires. Nous nous cotoyons donc dans l'etroit perimetre de la construction qui sort de terre.
Notre maniere de travailler (nous faisons la chaine) doit les etonner egalement car nous voyons arriver des curieux venus de la route voisine. Malheureusement notre anglais qui ne percoit deja pas les nuances phonetiques de l'anglais prononce a l'indienne nous laisse demunis face a des ouvriers qui ne parlent manifestement que la vielle langue locale (le Kannada).
Sans etre extremement ramifie, le reseau routier indien se prete a une circulation intense. Depuis le debut de notre sejour, nous avons pour horizon la grand route qui joint Gulbatga a Bidar. Quoi de plus commun qu'une route... long ruban d'asphalte qui va se perdre a l'horizon ? La route peut etre... mais ce qui se passe dessus et a cote est plus inhabituel a nos yeux.
Un matin, c'est l'emoi parmi les Fourmis. La-bas, a une centaine de metres de l'entree de l'hopital, on apercoit un corps allonge a moins d'un metre du revetement de la route. On nous dit "Oui, cet homme est tombe mort a cet endroit". Les minutes passent en meme temps que les nombreux vehicules qui empruntent la route a cette heure matinale. C'est a dire sans s'arreter.
Personne ne s'arrete et personne ne semble meme s'emouvoir de la situation. Oui, la police passera a un moment ou l'autre et emportera le corps laisse seul sur le bord de la route pendant des heures.
Mais, plus couramment, la route est le lieu de "passages" moins dramatiques (a nos yeux d'occidentaux tout au moins). Un large eventail de vehicules (Biikel en anglais local) se rencontrent ici. Parmi les plus traditionnels, nous decouvrons ces hauts et elegants charriots portes par de grandes roues a rayons de bois. L'un ou l'autre est muni d'une toile abritant le cocher. L'attelage peut etre compose d'un cheval (ce qui est rare) ou de deux boeufs a longues cornes rouges ou bleues. Ces derniers, egalement hauts sur pattes, donnent a l'ensemble une allure particulierement pittoresque.
Mais la route n'appartient pas seulement a ces charrettes heritees du passe. Le progres est passe par la aussi. Des vehicules motorises en tous genres ne cessent de se croiser sur cet axe important. Le nombre de bus de tous types est particulierement important. Certains, au profil court et geometrique, semblent avoir accumule les decennies, tandis que d'autres ne se distinguent guere de ce que nous connaissons en Europe. A part le fait d'une decoration plus voyante, le reste des transports en commun est assure par l'immanquable Rickshaw. Assis sur une jambe repliee sous lui et le doigt constamment sur le klaxon, le chauffeur achemine ses passagers a une vitesse d'une trentaine de km/h. Faut-il ranger dans la categorie des transports en commun les mobilettes et autres petites motos sur lesquelles le conducteur est rarement seul ? On y voit plus souvent 2 personnes ou toute une famille, pere, mere et enfant(s). Ainsi quatre passagers ne sont pas rares.
Viennent encore des camions. Certains, les plus venerables, sont richement ornes de formules et de couleurs vives. S'agit-il de cette maniere de les rendre plus voyants ? Des voitures particulieres et des 4x4 achevent le tableau de la route. Ajoutons encore que la plupart des vehicules debordent de passagers (jusque sur les marchandises transportees par les camions).
Comme il se doit dans une ancienne colonie anglaise, on roule naturellement a gauche. Ce qui ne nous facilite pas la traversee des axes les plus frequentes. Quoi qu'on en pense, nous avons tellement integre la conduite a droite que nous regardons systematiquement du mauvais cote au moment de traverser.
Enfin, les animaux, troupeaux de chevres plus ou moins conduits par les bergers ou vaches (sacrees) circulant librement colonisent egalement la route sans trop inquieter ses autres usagers. Ils semblent quant a eux, avoir integre l'incroyable dialogue des klaxons de l'Inde en mouvement.
3000 roupies font un petit 50 euros. C'est le salaire mensuel de notre chauffeur de bus d'hier. Nous nous disons que, pour sa journee, il a gagne moins de deux euros. A la fin de notre equipee vers Bidar, a plus de 100 km de Gulbarga, il m'interroge pour connaitre le salaire d'un chauffeur comme lui, en Europe. Sans avoir une idee trop precise a ce sujet, je me dis que 1000 euros doit etre inferieur a la realite. Ce qui, traduit en monnaie locale, donne deja pres de 65 000 roupies. Le fosse est phenomenal. Et c'est bien ainsi qu'il voit les choses. Un peu plus tot, il m'avait interroge sur le prix de notre billet d'avion. De l'ordre de 30 000 roupies cette fois ! J'imagine ce qu'il a en tete.
Et comment ne pas y penser ?
Ce qui nous fait trouver derisoires les prix et les salaires d'ici fait considerer comme presque miraculeux,aux yeux de nos amis indiens, les flots d'argent qui, a travail egal, semblent traverser nos contrees europeennes.
Considere d'un point de vue international, l'Inde, malgre son poids demographique, dispose de bien moins de biens a vendre et a exporter que les grandes puissances economiques. Elle ne peut donc se permettre de trop acheter a l'exterieur. De la, l'extreme modestie des moyens d'existence de la grande majorite de ses habitants. Et, malgre cela, l'Inde cultive tous les champs de la modernite. Ainsi, des regions se sont specialisees dans l'informatique, ont developpe des partenariats avec microsoft et diploment des miliers d'informaticiens qui s'exportent vers l'Europe ou travaillent a distance depuis leur PC a Bangalore. Le pays gere une production automobile considerable (a l'echelle d'un pays de plus de 1000 millions d'habitants) et fournit ainsi a sa population le moyen de se deplacer facilement pour des sommes qui nous paraissent derisoires. A long terme, cette facilite apportee au transport des biens et des personnes conduit au developpement de la vie economique, aux echanges et, fatalement, a l'amorce d'une certaine prosperite. Ce qui ne signifie pas que l'opulence occidentale est pour demain.
Les indiens produisent et vendent. Ils gagnent leurs salaires en prestant une infinite de services (en placant, par exemple, un homme en permanence a chaque pompe des stations d'essence). Les metiers sont ainsi parfois minuscules voire microscopiques. Si une famille y trouve a tout le moins un appoint pour sa survie, la formule n'est peut-etre pas celle qui doit faire sortir le pays de ses problemes de developpement.
Mon chauffeur de bus continue a rever. Pendant que les fourmis batissent un home pour abriter les enfants delaisses de son pays et leur permettre de s'inserer dans une societe peut-etre moins inegale sinon plus equitable.
Chacun vit ainsi sa vie de fourmi. Revant a l'avenir et faisant, a chaque geste pose dans un sens ou dans l'autre, monter ou descendre l'ocean d'une ... goutte.
Ce dimanche, les fourmis ont pu quitter l'hopital ou elles se trouvaient depuis une semaine. De quoi reprendre des couleurs en plongeant dans l'immensite du sous-continent indien.
La route entre Gulbarga et Bidar est bonne et roulante. Mais, en largeur, elle laisse juste de quoi permettre a deux bus de se croiser en se frolant. Depasser est une sorte de sport national. Et cela d'autant plus que les animaux, les pietons, les motocyclettes, les rickshaw et les charrettes imposent sans cesse a notre bus de se deporter vers la droite (nous roulons a gauche) et, donc, a risquer a tout moment le face a face avec le vehicule qui arrive immanquablement dans l'autre sens. Notre chauffeur est litteralement colle a la vitre de droite de notre bus et peut ainsi evaluer au millimetre l'espace qui le separera du vehicule qu'il va croiser. Coups de klaxon, signes de la main par la vitre, appels de phares et tete passee largement a l'exterieur sont les moyens dont il se sert pour gerer son "aventure" de la route. Faut-il preciser que, le soir venu, l'eclairage des vehicules n'est pas toujours des plus reglementaires. Et certains regretteront peut-etre que les vaches errantes ne soient pas munies de voyants lumineux ...
Autour de nous, le pays est assez mollement ondule. Dans les creux (ou l'eau est, malgre tout, rare, sauf lorsque des barrages permettent de constituer quelques reserves) s'etirent des champs actuellement en attente d'eau et de semailles. C'est le domaine des agriculteurs. Sur les hauteurs arides et caillouteuses, des enfants poussent des troupeaux de moutons ou de chevres. C'est le domaine de l'elevage. A l'instar de nos chapelles campagnardes, de petits lieux de culte apparaissent ici et la. Des logettes en pierre chaulee occupent parfois des promontoires d'ou la vue s'etend au loin. De petits edicules s'egrenent sur le bord de le route. Une statue inattendue de la Vierge peut s'y abriter aussi bien qu'une figuration de Shiva ou d'un personnage de la mythologie hindouiste. Nous verrons, dans un petit village, un Shiva de pres de 10 metres de haut ... une realisation recente en beton. Car les differentes sensibilites religieuses son toujours bien presentes et actives.
Apres plusieurs haltes dans diverses institutions chretiennes (pensionnat, orphelinats, maisons destinees a la reinsertion de jeunes filles defavorisees) nous atteignons la vieille ville de Bidar, ancienne capitale d'un grand empire du 16e siecle. Des palais, des tombeaux monumentaux et, surtout, des murailles formidables attestent toujours de son importance.
La ville reste un centre economique anime. Boutiques rudimentaires ou maisons de commerce plus solidement implantees se partagent les rues principales. En parcourant ainsi la ville, nous constatons qu'elle est, sur le plan de l'urbanisme, en plein chantier. On a rabote l'enceinte medievale (a moins que l'on ait abattu tout de go l'ancienne porte de la ville) qui, par ailleurs, s'ecroule par pans entiers.
Plus etonnant encore, les rues principales de la vieille ville ont ete elargies. Pour ce faire, on a procede de maniere tres simple en rabotant litteralement les maisons placees de part et d'autre de la rue pour atteindre la largeur desiree.
L'effet est impressionnant. Partout, des murs retailles et des moignons de poutres de beton s'alignent dans le nouveau plan des facades. Comme le travail vient d'etre realise, ces facades restent theoriques et l'on defile devant des interieurs eventres. Ici et la, une nouvelle facade a ete remontee en retrait de la precedente. Parfois, l'operation a conduit a une nouvelle construction. Mais, le plus souvent, c'est l'interieur de l'ancienne piece de facade qui s'expose dans un decor de bricaillons et de beton explose.
La fourmi Damien est bacheliere en construction. Voila le debut de ses impressions a propos du chantier.
A notre arrivee a Gulbarga, nous avons decouvert un chantier dans son debut : stockage des materiaux a proximite de l'ouvrage a realiser (sable "du Rhin", brique, divers remblais de terre/cailloux, ciment, gravier, blocs de beton et lames de pierre sciee). Au niveau des fondations, les pieds des colonnes son betonnees avec leurs armatures d'attente deja consolidees par leurs etriers.
Nos premiers jours de travail consistent a deplacer les remblais de terre/cailloux au centre de chaque future piece du batiment. Les methodes sont tout a fait differentes de celles des Occidentaux. Il n'y a pas de bull, de pelles mecanisees ni de transporteurs mecaniques. Tout se fait a "l'huile de pattes de fourmis" via des assiettes en plastique (diametre 60 cm) et de pelles traditionnelles.
Dans ce meme moment, les ouvriers indiens realisent le ferraillage des poutres de fondation qui liaisonnent les colonnes.
Les armatures sont faconnees sur place par des methodes presque identiques aux notres. Le pliage des barres se fait manuellement et l'assemblage par la realisation de fils de ligature.
Lors de l'article precedent, nous avons parle du ferraillage des parties de fondation ainsi que du deplacement des remblais par les fourmis.
L'etape suivante est la realisation du coffrage et sa mise a niveau. A cet effet, les Indiens utilisent des panneaux en bois hydrofuges d'un autre type que chez-nous.
Pour le reglage des niveaux et des alignements, ils utilisent des ficelles, des clous et un fin tuyau transparent dans lequel se trouve de l'eau ( principe des vases communiquants). Nous constatons que cette precision reste approximative mais que cela a moins d'.importance qu'en Occident. Le serrage du coffrage est effrayant lorsqu'on connait les poussees que peut atteindre le beton une fois coule. Nous n'y voyons que quelques ligatures et "morceaux de bois" poses en oblique.
Le fond des poutres de fondation posees a meme le sol se realise par la recuperation de sacs de 25 kilos.
Un jour ou nous avons pu nous eclipser du chantier, quelques fourmis en profitent pour grimper la colline qui se trouve juste derriere l'endroit ou nous travaillons. Question de voir, pour une fois, autre chose que des briques et du sable.
Nous traversons d'abord deux champs avant de pouvoir acceder a la colline ! Sur notre route, voila un troupeau de chevres qui broutent l'herbe rare avec elegance. Elles sont gardees par des enfants. Nous nous arretons sur les cris de ces ados apparemment tout heureux de voir des « blancs" passer par la (de maniere si inattendue).
Ils etaient au depart plutot intrigues.
Quand nous leur avons souri et dit bonjour en nous approchant d'eux, un contact fort et humain s'est etabli tres vite. Nous avons alors ose demander si nous pouvions prendre des photos. Le spectacle commence.
Les enfants trouve cela tres drole. L'un prend une pose ; l'autre fait du "rodeo" sur sa chevre pendant qu'un autre fait le singe dans l'arbre ou essaie nos lunettes de solel. Bref, un moment de fous rires.
Malgre le probleme de la langue (ils ne parlent pas anglais et nous ne parlons pas plus le Kannada), la communication passe tres bien ... a travers les gestes et les images. Nous sommes montes sur le sommet de la colline avec les enfants et leurs chevres. Ce fut magnifique.
Et nous avons ainsi passe un super moment entoures de nos nouveaux amis "de la photo » ! Malheureusement, toute bonne chose a une fin. Il est temps pour nous de retourner a nos poussieres.
Un au revoir assez poignant s'est alors construit chez chacun de nous ...
Dimanche matin. Lever a 6 h Petit dej' copieux comme d'hab, a 7 h. Batteries chargees a bloc. 7h30, ready to go. Au programme de cette premiere journee loin du chantier ? Journee complete d'excursion et de decouverte. Enfin ! A 7h40, les 15 fourmis sont dans le bus de la St Mary School. Elles sont accompagnees du Pere Austin, leur ange gardien/garde du corps, de leur bien aimee cuisiniere Viswasi, de deux Soeurs et d'un autre Pere. Quelques minutes plus tard, arret carburant. Nous decouvrons la des cochons charges de nettoyer les rues.
Apres deux heures de frayeurs, de rigolades, de sauts dus a la conduite indienne, nous arrivons a Balki pour la messe de dix heures. En descendant du bus, nous sommes accueillis par une kyrielle d'enfants, tous vetus de leurs plus beaux vetements. Ils nous chantent un joli chant de bienvenue. Nous sommes deja ravis. A la fin de la celebration, nous sommes remercies, decores par un collier de fleurs et pris en photo. Place maintenant a la joie des photos bousculees par tous ces enfants si contents d'avoir une distraction. Nous visitons ensuite les classes et les logements de cette communaute. Aux alentours de 14 heures, le diner prepare par Viswasi est pret.
Nous reprenons la route en direction de Bidar. Une jolie entree, un imposant batiment, des arbustes verts, de sublimes jeunes filles, voila notre prochain arret. Le centre Saint-Joseph a redonne confiance a 185 filles. Les Soeurs leur apprennent a tenir une maison, a coudre, a dactylographier ... Tout est realise par elles seules et devant les objectifs photographiques, elles sont toutes folles au point de capturer Charlotte.
Sous le ciel bleu, retentissent des 'bye bye', 'thank you' (alors que nous ne leur avons rien donne). Nous sommes attendus du cote des garcons pour le sacro-saint Tea Time herite des Britanniques. Comme notre hopital, le batiment est encore en travaux. Parmi eux se trouve le neveu de Viswasi. Apres un "pain au chocolat" tres special, nous visitons le fort de Bidar. Il est gigantesque, ses jardins ressemblant a ceux de Versailles.
C'est un site magnifique pour les photographes. Plus loin, nous descendons des marches. Ce sont celles qui menent a une grotte artificielle, le Lourdes local. A la remontee, non loin de notre bus, nous admirons nos premiers singes.
Nous traversons une ville en ruine. La route devant etre mise aux normes internationales, on decoupe les maisons ! A mi-chemin du retour, vers 20 heures, nous nous arretons comme promis dans un home. Celui-ci prend en charge de jeunes enfants qui travaillaient. Sous le tube luminescent, avec les enfants, nous echangeons les derniers sourires et c'est avec bonheur que nous vidons les derniers Amperes de nos appareils photographiques.
Les femmes arrivent drapees dans leurs saris multicolores, certains d'une grande beaute. Elles portent de nombreux bijoux : bracelets de verre, de pied en argent, bagues aux doigts et aux orteils en argent aussi. Le visage decore entre les sourcils d'un point de poudre rouge. Elles ont toutes un port de tete altier. Alors qu'elles sont toutes petites et freles, elles en imposent par leur prestance.
Sur le chantier, chaque femme est la manoeuvre d'un seul homme dont elle porte les materiaux necessaires au travail en cours. Et cela toujours sur la tete, qu'il s'agisse de sable, gravier, briques, dans des paniers ou des sacs que nous, europeennes, serions bien en peine de porter.
Elles sont sur le chantier aussi longtemps que l'activite se poursuit et donc parfois a la nuit tombee. Elles ont cependant, avant de venir, deja prepare le repas de midi qu'elles partageront avec la famille mais qu'elles mangeront a l'ecart, toutes les femmes ensemble.
Souvent, nous sentons leurs regards et avons l'impression d'une grande incomprehension de leur part devant notre attitude de travail ... relais a la chaine, port de pantalon, lunettes de soleil, foulards ou chapeau et arrets-boisson (eau) frequents. Quand il pleut, tres vite, nous nous abritons alors qu'elles, imperturbables, continuent a travailler. Nous ne savons pas si elles sont remunerees pour ce dur labeur ou si elles sont juste la pour aider ...
Le contre-maitre ne s'adresse jamais a elles et elles ne peuvent prendre aucune initiative. Ce qui ne les empeche pas, sans relache, d'effectuer les memes taches repetitives et parfois bien dangereuses a nos yeux.
Ce matin, un gamin de plus ou moins dix ans est arrive sur le chantier accompagne d'un vieillard, d'un homme et d'une femme ... une famille ?
Le comportement de cet enfant nous a maintes fois choques par la violence avec laquelle il s'adressait a la femme. Il lui donnait des ordres et l'incitait agessivement a augmenter la cadence. Jamais la femme n'a semble lui repondre ... mais nous ne pouvons pas traduire ni les mots ni les gestes qu'ils s'echangent.
Voila maintenant quinze jours deja que nous avons atterri a Bombay. Nous avons traverse cette ville de quinze millions d'habitants. Puis, nous avons fait, en train, le trajet de Bombay a Gulbarga ... ville du bout du monde dont aucun d'entre nous n'avait entendu prononcer le nom il y a six mois encore.Aujourd'hui, ouvriers locaux et fourmis se relaient sur le chantier. Le travail physique est bien au rendez-vous. Et il fait parfois, comme a cette heure, un soleil brulant (malgre la mousson). Cote ciel, nous savons que les choses peuvent changer d'un quart d'heure a l'autre.
Apres la visite de Bidar, notre premiere ville du plateau du Deccan, nous avons entame hier l'exploration du centre ville de Gulbarga.
Disons tot de suite qu'on n'y voit jamais de blancs et qu'il n'existe, pour cette ville d'un million d'habitants, ni syndicat d'initiative ni la moindre forme de mise en valeur touristique. Simplement, les choses soit a voir ... mais autrement.
Ici, on voit encore quelques rickshaw de premiere generation : un cycliste, arc-boute sur sa bicyclette y entraine une sorte de sulky bache a l'abri duquel deux personnes peuvent etre vehiculees. Nous sommes deja habitues aux rickshaw motorises et leur maniabilite (a trente km/h) ne nous impressionne plus ... Pas plus que la conduite a gauche.
Le depaysement nous attend au bord de la route. Des que nous penetrons dans un "super-market". Il y a un tourniauet a l'entree, une caisse enegistree et un scanner a code-barre. Dans les rayons mais aussi a meme le sol et encombrant les allees les produits s'empilent. Coca-cola, Lipton, L'Oreal et autres soupes en sachets demontrent une fois de plus que l'economie s'est mondialisee. Les « marques" sont mondiales et envahissent la planete. Dans le meme "bazar" (ce mot, justement !), s'entassent des produits locaux dont le conditionnement est plus sommaire : des sacs en plastique avec une simple etiquette autocollante dans la plupart des cas. On y trouvera aussi des montres made in China a 150 ou 250 roupies (de 3 a 5 euros) et un large eventail de bijoux de fantaisie en plastique (grand art Kitsch garanti, a nos yeux en tout cas). Nos visites se poursuivent dans une salle de spectacle transformee en un espace d'entrepot-vente de produits "artisanaux". Les sacs (tres couleur locale), les nappes et les coupons d'etoffe et autres penjabi dress seduisent les fourmis. On pense aux cadeaux au retour. Voila un beau porte-feuille en cuir a 3 euros. Le reste est a l'avenant. Inutile de marchander. Ici le shopping ... c'est deja du tourisme.
Et puis, il y eut cette rencontre avec les eleves ede la St Mary School, au plein centre de la ville. En fait, sans que nous nous en doutions, nous etions attendus. Dans l'immense cour, plus de mille enfants des classes primaires se trouvent alignes en longues files rigoureusement ordonnees. Le calme est impressionnant. Garcons et filles sont en uniforme. Les enfants des classes maternelles sont egalement de la fete avec leurs petites tenues colorees. Tout un ceremonial parfaitement et prfessionnellement orchestre se deroule devant nos yeux. Pas question cependant d'un discours du directeur (le Pere Machado) mais bien d'une series d'interventions annoncees au micro et devant les enseignants et le millier d'eleves par un tres jeune fille (treize, peut-etre quatorze ans tout au plus) impassible comme le marbre, attentive a tout et d'une maitrise parfaite au milieu de cet immense environnement humain. Se succedent des chants (a l'occaion repris en coeur par les mille gossiers enfantins), des saynetes (en play back) sans oublier une seance de lecture consacree aux nouvelles du jour (une autre eleve lit une douzaine de breves a propos des principqux evenements de l'actualite). Et chacun d'entre nous recevra une rose. On nous fera ensuite visiter l'ecole. Car nous n'avons pas vu les eleves du secondaire (quatre annees de college et deux annees de pre-university). La aussi, les elves sont en uniforme. Le plus souvent, ils snt a quatre par banc (les Indiens, en general, ne sont pas bien gros, il est vrai) et nous comptons quinze bancs et plus. Les classes sont mixtes mais les bancs ne le son jamais. Notre presence les interesse et nous sommes recus avec la plus grande amabilite et de tres larges sourires (malgre une evidente timidite). Beausoup de professeurs feminins, des manuels sur les tables et des panneaux didactiaues au mur (electricite, prehistoire ...). La discipline est bien respectees mais nous verrons des professeurs maniant le baton. Car ces derniers ne sont pas la que pour le decor. Car, apres le ceremonie, les eleves abandonnent les rangs et se precipitent sur nous cherchant a nous serrer la main et a faire inscrire notre nom sur une page de leur cahier. La seance d'autographes serait interminable.
London. Mes premiers pas anglais se font dans une structure tout de verre et d'acier. Non seulement il y a beaucoup de voyageurs etrangers, mais en plus, de nombreux employes sont d'origines diverses. Dans le terminal de transit, une foule incroyable deambule entre les barrieres et les magasins. Zut ! J'ai oublie mes livres Sterling. Ah, ces Anglais !
Aux portes d'embarquement, nous croisons deja de nombreux Indiens. Dans ce Boeing 747 qui m'amena vingt deux ans plus tot en Europe, je suis surpris par la poussee de ses reacteurs. Ca y est, le grand voyage. Les ecrans individuels d'info-divertissement s'allument et nous pouvons consulter les donnees du vol en anglais et en hindi. Les repas sont copieux, rapides et surtout indo-anglais. Quant aux dossiers, ils sont confortables.
Mais quel bruit venant des moteurs !
Mumbai. Un couloir en pente douce, capitone de tissu defraîchi berce notre arrivee. l'humidite m'impressione. Contraste saisissant avec Heathrow. Tres simplement, nous recuperons nos valises et nous trouvons notre hote, le neveu de l'eveque. En sortant de l'aeroport, la masse de chaleur nous accable. Ma decouverte de l'Inde commence...
Comment allez-vous? Ici, nous sommes vraiment coupes de tout. Sans G.S.M., avec comme seules liaisons , nos cigales au pays, a travers internet.... nous ne savons vraiment rien du monde.
Nos accompagnateurs au quotidien sont la cuisiniere, un jeune etudiant de 16 ans se debrouillant un peu en anglais et un pretre affecte a notre groupe par l'eveque. Ce pretre, Pere Austeen nous rejoint tous les jours et nous donne des nouvelles de l'eveque et des premiers contacts qu'il est lui-meme en train de creer dans le diocese. En effet, il est arrive 3 jours avant nous a Gulbarga et s'est vu confier la mission d'etre notre guide tout de suite. Son anglais a l'accent hindi et canada est parfois bien difficile a traduire ....
Notre cuisiniere Viswasi (prononcez Wiswhachi) essaie au mieux de nous comprendre et de se faire comprendre....vive le langage gestuel....
Le jeune Shiwadji (prononcez Chi/wad/ji) a un dictionnaire anglais-canada ( en signe canada cad dans un alphabet propre....tres beau, tout en rondeur) et s'essaie a l'apprentissage de notre anglais. A 16 ans, il pratique donc trois langues : le canada, la langue de l'Etat, l'hindi, la langue officielle de l'Inde et l'anglais, la langue scolaire. Il en est de meme pour le pere Austeen et Viswasi.
Sur le chantier, aucun des participants, du contremaitre aux manoeuvres ne sait l'anglais et nous comminiquons donc uniquement par gestes, sourires, 'hello' le matin, 'good night' le soir.
Ce chantier, aujourd'hui, comptait avec les Fourmis 35 personnes ; les ouvriers habituels et le contremaitre, les coffreurs . La famille des betonneurs ; grand-pere, enfants et conjoints, petits-enfants et conjoints, arriere petits-enfants dont un bebe sont arrives un peu plus tard a 14 dans un rykshaw utilitaire (grande largeur : 1m10 ,grande longueur : 3m).
Tout ce petit monde qui nous entoure – sans compter l'equipe de carreleurs d'une bonne dizaine de personnes (hommes et femmes) qui travaillent au rez de chaussee (nous occupons l'etage) ne peut evidemment rien nous dire du monde exterieur.
Je suis ravi d'être en Inde, dans mon pays d'origine, et d'être en si bonne compagnie ! Nous sommes reCus comme des rois. Je trouve qu'au niveau du confort, c'est tres correct. Je m'attendais a pire au depart. Nous mangeons tres bien [beaucoup de riz]
Il y a une tres bonne ambiance au sein du groupe. D'ailleurs apres le souper, nous nous adonnons a divers jeux. Par rapport au chantier, je suis tres content de l'avancement des travaux. Par contre, quand je vois le peu de moyens techniques qui leur sont donnes, et ces hommes, ces femmes et leurs enfants livres a eux-mêmes, j'ai mal au coeur. Ils savent porter des sacs de 50 kg sur leur tête. Ils n'ont ni brouette, ni pelle, c'est impressionnant.
Et ces enfants qui sont obliges de travailler car ils ne sont pas scolarises. Il faut savoir qu'il y a 60% d illettres dans tout Gulbarga.
Lorsque nous vivons a 15 sous le meme toit pendant un mois, les journees s'organisent: vaisselle, menage, lessive etc...
C'est donc en binomes que nous avons instaure vaisselle-menage. Pendant que le groupe va sur le chantier, le duo en question doit nettoyer wc/douche, balayer la grande salle ou l'on mange et laver. Pourquoi tous les jours me direz-vous ? La vaisselle, logique bien sur : nous mangeons, nous lavons. Et les douches et wc ? A 15 tous les soirs, pour prendre des douches, nous accumulons une tonne de cheveux et autres matieres pas toujours ragoutantes. Et croyez-moi c'est du travail. D'autant plus que nous ne possedons ni serpillere, ni balais, ni chiffon. C'est Veronique qui a sacrifie un T-shirt qu'elle a coupe par petits bouts : une manche pour un chiffon, une autre pour essuyer la table et le tronc pour la serpillere. D'ailleurs au bout de 15 jours, il va falloir sacrifier un autre T-shirt !
Nous avons quand meme reussi a trouver une raclette pour le nettoyage du carrelage. Quant au balayage des sols, c'est une veritable gymnastique car le balais n'est autre qu'une balayette faite d'un manche en plastique vert fluo et de fibres d'un arbre qui globalise dans sa totale, plus ou moins 1 metre.
Et lorsque nous remontons pour le tea-time, quel plaisir de sentir cette proprete et de s'exclamer : « mmmh ! Comme ca sent bon ! »
Rien n'est touristique a Gulbarga. Pas de guide multicolores, pas de signaletique meme rudimentaire, pas de musee et pas de tickets d'entree. Par contr, nous devons enlever nos chaussures chaque fois que nous entrns ans un lieu sacre de l'Islam ou d l'Hindouisme. Il est vrai que nous sommes seuls dans les ruines gigantesques du fort (15e s.), dans sa monementale mosquee. Pas l'ombre d'un Occidental a l'horizon. Nous sommes encore, ici, a l'age pretouristique. Et ce n'est peut-etre pas plus mal. La premiere visite nous amene dans l'enceinte de la vieille mosquee. Elle est d'une architecture grandiose et ancienne. A l'interieur vde son vaste perimetre, se presse la foule des visiteurs. Plus exactement, il s'agit de fideles venus ici pour toutes sortes de devotions. On nous laisse circuler librement et l'n ne semble guere s'inquieter ou s'interroger sur la presence de quinze blancs qui regardnt et vphotographient dans tous les sens.
Tout est ici ritualise a l'extreme ... le sens dans lequel on circule, la maniere de sortir d'un batiment, les attitudes a adopter et ... la maniere de se faire exorciser par un pretre.En fait, nous nous trouvons dans une sorte d'immense cimetiere ou, de siecle en siecle, se sont accumulees d'humbles et anonymes sepultures mais aussdi de grandioses 'tombs' que l'on regarderait chez nous comme autant de vastes chapelles. De plan carre et couvertes chaque fois d'une elegante coupole, ces tombes abritent une sepulture placee chaque fois au beau milieu de cette « chapelle ». Une grande piece de tissu (de la soie selon toute apparence) de couleur verte (le plus souvent) couvre le lieu de l4'inhumation. Des petales de fleurs (que l4on vend dans la cour d'entree), des offrandes et d'autres ex-voto s'etalent sur la tombe et tout autour.
Des tombes de differents formats mais respectant toujours la meme forme semblent eparpillee dans toute l'enceinte de la mosquee.
L'Occidental ne peut ici s'empecher de penser « patrimoine ». Et il y a bien de quoi vibrer en decouvrant ce dedale de cours, de tombes et de passages plus ou moins inattendus. En voyant ces monuments aui ont traverse les siecles et les decennies, s'agglomerant et s'agglutinant les uns aux autres pour figurer une sorte d'eternite (au-dela de la mort), il y a bien tout ce qu'il faut pour faire du patrimoine ... des vieilles pieres, des inscriptions venerables, un peu de delabrement, et meme cette part de patrimoine immateriel que constitue l'ensemble des gestes, des usages et des attitudes qui se decouvrent en ce lieu.
Pourtant ... quelque chose cloche ... sans que nous puissions determiner si c'est ici (en Inde) ou la-bas (en Europe). Ces vieilles pierres seraient si belles, n'est-ce pas, si elles n'etaient couvertes de ces innombrables et epaisses couches de chaux grisatre brutalement plaquees sur l'ensemble des batisses. Quel dommage, n'est-ce pas, cet enduit morne et grossier qui uniformise tout et dit le peu de cas fait de cette architecture si ancienne et d'allure si monumentale.
Peut-etre que finalement, ce qui cloche, c'est notre vision « kleenex » du patrimoine. La mosquee de Gulbarga serait-elle davantage patrimoine de l'Humanite en etant decapee (avec l'idee, bien sur, de rendre a la pierre sa « noblesse ») ou reenduite de maniere plus respectueuse (n'est-ce pas) du monument.
Oui, je sais...le risque est grand...j'en ai deja experimente les lourdes consequences en 2001 a Malkapur (3kg de bonus sur le sejour !).
Mais, flute ! J'aime vraiment la cuisine indienne...alors, je goute, j'apprecie... et je me sers une seconde assiette ! Na ! Apres tout, le travail sur chantier, ca creuse ! (Tous les pretextes sont bons !)
Mais que mange-t-on de si bon chaque jour ? Et bien, je profiterai de ce petit article pour lever un coin du voile sur les secrets de Viswasi, notre adorable cuisiniere Indienne. Des chapatis au chutney de coco en passant par les Puri (prononcez « pouri » mais ne vous fiez pas a la consonnance francaise... ces petits pains plats frits servis avec le repas chaud sont tout simplement delicieux !), Viswasi veut nous faire tout gouter... et elle partage volontiers son savoir-faire. Alors, on se precipite dans la cuisine avec elle et on se lance !
Recette du jour : le poulet frit a l'Indienne.
Prenez de la poudre de safran, du sel de cuisine, du poivre en poudre, du jus de citron, un poulet coupe en morceaux (laissez les os, ca a beaucoup plus de gout !) et de l'huile de friture (ici tournesol, mais votre choix sera le bon). Vous melangez 2,5 cuilleres a cafe de safran et 4 cuilleres a cafe de sel. Vous roulez les morceaux de poulet dans le melange, afin qu'ils soient completement enrobes. Vous laissez reposer minimum 1h au frais.
Ensuite, vous faites chauffer l'huile dans une sauteuse et vous y passez les morceaux par petite quantite durant maximum 2 minutes. Avec une ecumoire, vous les egouttez bien puis, de suite, vous les arrosez de jus de citron et saupoudrez de poivre ... c'est pret et delicieux !
Ce poulet servi avec un riz basmati blanc et une petite salade fraiche de carottes et chou blanc rapes au citron, legerement salee ... c'est une petite merveille ! D'ailleurs, je reprends une part ! ...J'assume !
On a le sentiment ici de cotoyer la grande histoire. Carcassonne et le Mont-Saint-Michel n'ont qu'a bien se tenir et ne sont rien par rapport aux « forts » que l'on decouvre en visitant des lieux tels que la legendaire Golconde (pres d'Hyderabad) ou les villes de Bijapur, Bidar ou Gulbarga. Google Earth nous avait deja permis de deviner ces immenses perimetres ceintures de deux ou trois enceintes juxtaposees. De hautes murailles subsistent autour d'un intra-muros depassant, parfois de loin, une ville ancienne de moyenne importance. Seuls des souvrains particulierement puissants ont pu edifier ces murs cyclopeens, ces portes monumentales, cette mosquee de pres d'un hectare de superficie (rivalisant avec Cordoue) et ces donjons d'allure imprenable. Des empires eurent ici leurs capitales successives. Et ce qui en subsiste trahit leur ancienne grandeur, le pouvoir de leurs princes et le savoir-faire de leurs carriers, de leurs tailleurs de pierre et de leurs macons.
A Bidar, le fort est en haut d'une falaise. A gulbarga, il est dans le fond de la vallee. La chose tient ici a la maniere dont on a exploite le site naturel pour en faire une place consideree sans doute, au temps de sa construction, comme imprenable. On a d'abord coupe la vallee en construisant un barrage de plus de 500 metres de long. S'est ainsi constituee une enorme zone inondee dans laquelle baigne le pied des murs et des tours meridionales de la citadelle. Celle-ci est entouree de fosses creuses, pour partie, dans le roc. Ces terrassements ont egalement servi de carrieres et l'on voit encore ici et la l'empreinte en negatif des blocs arraches au gisement. Sur tout le pourtour du Fort, des terrasses et des murailles gigantesques s'elevent avec puissance. Creneaux et merlons, certes offenses par les siecles, se succedent encore et temoignent, loin de toute restauration, du relatif bon etat de conservation de l'enceinte. Quelques canons gisent encore au sommet des tours. Des inscriptions gravees dans la pierre, des animaux affrontes sont d'autres indices de l'anciennete des lieux. La pierre brune et tres dure porte encore toutes les traces du travail du tailleur de pierre.
Que trouverons-nous sur les 30 (ou 50) hectares qui forment l'interieur de cette enceinte aux allures titanesques ? En fait, quelque chose qui ressemble aux dessins et aux gravures figurant le forum romain au temps ou on le nommait le « champ des vaches », au temps ou la mise en valeur des « antiquites » se limitait aux trous (je n'ose parler de fouilles) archeologiques qui permettaient aux heureux decouvreurs d'en retirer telle statue ou tel autre temoignage destines aux collectionneurs de pieces rares et curieuses.
Au milieu d'une ville surpeuplee, l'interieur du Fort de Gulbarga est une sorte d'immence terrain vague. Quelques edifices particulieremet puissants (une tour de guet, des portes, la mosquee du 14e siecl) ont mieux resiste aux outrages du temps. Face a l'entree, une longue galerie en forme de portique a ete squattee par autant d'habitations rudimentaires et minimales. L'endroit est pittoresque ... et miserable.
Partout des moignons de murs, plus epais et plus massifs les uns que les autres, rappellent les monuments de ce qui fut une ville ou, a tout le moins, un immense palais-caserne ! D'un certain point de vue, les ziggurats antiques ne sont pas si loin. On imagine l'investissement colossal d'un tel projet cyclopeen. Parmi les ruines, au coeur de cet etrange terrain vague, des familles se sont installees, squattant un monument a moitie effondre ou s'appuyant contre une vieille muraille. On devine ou l'on a pris les pierres qui ont servi a bricoler ces maisons. Au detour d'un sentier qui chemine entre des pans de murs croulant sous le poids des ans, une immense fosse (probablement un ancien et immense puits) est aujourd'hui utilise comme trou a immondices par les miserables habitants du lieu. En plus de son caractere deplace au milieu des traces d'un si puisant passe, bonjour la salubrite !
Je garderai certainement un derniere image ... celle de ce pauvre berger faisant paitre ses quelques moutons au milieu des buissons qui ont envahi la ville fantome. Apres des siecles de gloire, le prestige des anciens empereurs s'en est alle. Leur memoire s'est ensevelie sous les moellons et les broussailles que parcourt cet humble troupeau.
Sic transit gloria mundi
Croisee dans une rue de Gulbarga, cette femme portait un superbe sari, son gsm colle a l’oreille. A chaque detour de rue, les memes armatures de beton aux immanquables fers d’attente, les memes toles ondulees. Des 4x4 filent a toute allure sur la route de Bidar. Les pylones qui peuplent la campagne voisine sont relies a la centrale electrique toute proche. Les motos de fabrication asiatique rivalisent avec les moteurs petaradants (et qui peinent) des rickshaws. Des tracteurs croisent les charrettes a boeufs. Et, descendus de leurs echafaudages de bois d’eucalyptus, nos macons nous photographient avec leurs telephones portables. Nos tasses en porcelaine sont made in China tout comme nos fauteuils en plastique . Les ampoules (evidemment economiques) portent la marque Philips.
Nous avons beau chercher d’improbables ilots preserves de notre present (d’ailleurs envahissant), nous nous retrouvons a chaque fois devant un melange chaotique de progres « irresistible » et de vestiges d’un passe dont l’heritage semble de ce fait partir dans une etrange derive.
Celui qui viendrait ici pour toucher du doigt un univers de traditions millenaires sera desarconne. L’usage courant, sinon tout a fait generalise, de l’anglais, rappelle que le pays fut, durant des decennies, sous la tutelle de l’Angleterre. Les policemen et les vieux taxis Ambassador sont la pour marquer l’impact de cet heritage. Comment ont-ils donc fait ? Comment font-ils pour concilier ainsi un passe prestigieux avec le statut d’une ancienne colonie ?
Sur les routes, on roule a gauche et les trains sont un autre heritage de ce temps d’occidentalisation des cadres generaux de l’Inde. Depuis lors, le phenomene n’a fait que s’accentuer. On croise certes toujours des vaches sacrees. Mais ces dernieres trouvent aujourd’hui refuge sur la berne centrale des voies rapides de la ville. Nul ne semble s’en inquieter et les vaches semblent prendre cette circulation frenetique avec un flegme qu’on n’ose qualifier de britannique. Nul ne parait s’inquieter non plus des dechets de plastique qui polluent l’environnement ou de ces gaz d’echappement qui baignent la ville d’une atmosphere bleuatre.
Peut-on encore parler de l’Inde eternelle en considerant le naturel avec lequel les Indiens adoptent les modeles importes et les techniques venues de l’Occident ? Demain (et des aujourd’hui peut-etre) l’Inde sera faite de villes de beton dans les ruelles desquelles bus, rickshaw et camions se fraieront leur chemin parmi des foules accrochees a leur gsm. Les lieux proposes aux touristes paraissent eux-memes comme desincarnes (re)construits tout expres pour eux. Carapaces videes de leurs ames, et livrees aux indiscretions et aux audaces sans doute incomprehensibles pour eux des visiteurs etrangers (et nantis).
Faut-il donc faire le deuil de notre reve, chercher la guerison de l’indecrottable romantisme de ceux qui pensent trouver ici (ou ailleurs) le bout du bout du monde, l’envers de leur banalite quotidienne.
Sans doute ! Car nous ne pouvons reprocher a l’Inde de vivre dans le temps d’aujourd’hui. Meme si nous regrettons parfois son envahissement par des produits ou des modeles venus de l’Occident (ou copies sur lui). Mais notre Europe n’est-elle pas, elle aussi, occupee a se mondialiser.
Ou conduit ce chemin sur lequel l’Inde avance de maniere si resolue ? Il se construit sur des millions de choix individuels, au quotidien. Comme demander ou proposer des sacs en plastique dans tous les « bazars » de la ville ou encore choisir de s’habiller, comme font deja la plupart des hommes, d’un pantalon et d’une chemise tailles a l’occidentale plutot que de vetements traditionnels.
L’Inde fera-t-elleune bouillie de son passe et du present du monde ? Et finalement, n’y perdra-t-elle pas son « ame » ? Ne sommes-nous pas, au bout du compte, egares par notre recherche d’exotisme ?
Etonnament eternelles au milieu de ce monde mouvant, les femmes apparaissent comme les principales gardiennes de cette part d’enchantement dont le pays semble se departir assez largement aujourd’hui. A de tres rares exceptions pres, toutes portent le sari ou le penjabi dress. Et l’on ne s’etonne plus de voir ces femmes drapees avec recherche et brillant de toutes les couleurs et du chatoiement des riches tissus qui les parent. Sur les bancs de l’ecole des bons Peres, des enfants portent au front les trois lignes blanches des disciples de Shiva. Les bergers et les bouviers continuent a courir les collines arides et les vieilles sensibilites religieuses semblent hanter une infinite de lieux saints. Il suffit donc de regarder de maniere plus attentive. D’interroger et de laisser parler les impressions inouies que ce pays ne cesse de vous distiller.
Voila plus de trois semaines que nous sommes en Inde. A part aujourd‘hui, ou nous etions sur le site tres touristique de Hampi, nous n’avons pratiquement croise aucun Occidental (reconnaissable a sa couleur blanche, plus ou moins rougie par le soleil). Quelques centaines de kilometres ont fait defiler devant nos yeux des milliers d’images parmi lesquelles nous aimerions pouvoir mettre un minimum d’ordre. Mais comment porrions-nous, nous qui ne sommes pas parvenu a decrypter dix mots en kannada, pretendre comprendre une realite aussi vaste.
L’Inde nous depasse, reconnaissons-le ! Nos references occidentales sont incapables d’en rendre compte et les dimensions du pays echappent a notre capacite de perception.
Quelques images quand meme : les grands fours des briqueteries artisanales en pleine cuisson ; les meules de paille de riz auxquelles se nourrissent directement buffles et vaches a bosse et que jouxtent des maisons de paille et de torchis ; les enfants si nombreux et proprets qui reviennent de l’ecole et nous regardent avec curiosite ; mais aussi les porcs en divagation qui fouillent sans relache les memes immondices au beau milieu des villages ; des femmes voilees et toutes de noir vetues ; des hommes enturbannes et d’autes portant differents signes sur le corps (traits blancs au front, point rouge entre les deux yeux). Que faisait-on a cette femme et a cet homme accroupis au milieu d’une foule de curieux et que l’on enduisait copieusement d’une sorte de creme grasse couleur safran ? Et cet elephant dresse a recevoir des pieces de monnaie du bout de sa trompe et qui les deposait aussitot dans la main de son maitre avant de froler du bout de son enorme appendice nasal la tete du donateur, en une sorte de benediction ? Ce « commerce » marchait fort !
Nous restions sideres devant les vestiges (qui ne sont pas tous en ruine) de Hampi, ancienne capitale de l’un des Etats les plus puissants du continent entre le 14e et le 16e siecle. On vit ici une ville neuve atteindre et depasser le demi-million d’habitants (chose alors inouie en Europe) avant de perdre sa position dominante. Des temples, des palais, des murailles et des mausolees temoignent d’un chantier permanent et gigantesque s’etalant sur plus de deux siecles.
Qu’on imagine Londres, Bruxelles ou Paris (mais en deux ou trois fois plus vastes) s’eteignant brusquement a partir du milieu du 16e siecle. On verrait encore les tours desertees de Notre-Dame, Tower Bridge, la cathedrale des Saints-Michel et Gudule, la Grand-Place et l’hotel de ville de Bruxelles mais dans quel etat et se pretant a quelle (re)interpretation ?
Rares son les villes d’Occident a s’etre ainsi eteintes apres le moyen age. S’il y en eut, d’ailleurs ! Le cas est plus commun en Inde. Une capitale comme fut Hampi n’est plus qu’un champ de ruines, sorte d’immense Pompei, deserte de toute vie et au milieu duquel les efforts des autorites publiques font emerger des merveilles architecturales aux riches et exuberants decors sculptes. Les monuments sont en granit ou en basalte, ce qui leur a permis de resister aux outrages du temps. Partout se manifeste le travail puissant des carriers, des tailleurs de pierre, des sculpteurs et des macons. Autour de quelaues monuments dont on a soigneusement degage les abords, les reserves archeologiques semblent s’etendre a l’infini. Par endroits, les strates remplies de tessons de poterie descendent a plus de deux metres de profondeur.
Quelque chose de tres grand a du se produire pour faire eclore Hampi. Et sans doute aussi quelque chose de tres grand pour la depeupler aussi completement. L’histoire occidentale n’offre guere de comparaison, a l‘exception peut-etre (et encore !) de quelques vieilles metropoles romaines ...
Les fourmis sont depuis plus de vingt jours en Inde. Nous voila deja a pres des deux tiers de notre sejour. A part, bien sur, quelques menues preoccupations liees a la chaleur, au soleil ou ... aux intestins trop sensibles. Mais rien de bien grave. Nous beneficions de conditions d’hebergement tres satisfaisantes et l’activite tres physique, sur notre chantier, est loin de manquer. De quoi se refaire une sante et retrouver des couleurs.
La construction avance en effet de facon tres significative. Les fondations en beton arme sont en phase de decoffrage et les murs de brique ont deja bien avance puisque les macons travaillent desormais sur des echafaudages.
Profitant d’une eclaircie a la fin d’une apres-midi particulierement arrosee par les pluies de mousson, nous voila partis a trois (Christophe, Antoine et moi) pour poursuivre quelques investigations a l’endroit ou j’avais ramasse, quelques jours plus tot, une sorte d’armature de fleche en silex.
La colline est, en fait, l’extremite d’un promontoire (parmi d’autres) qui domine largement la vallee ou se niche la ville de Gulbarga. De la, nous jouissons vers l’ouest d’un horizon particulierement vaste (vingt ou trente kilometres pour le moins). Nous avons d’abord parcouru la colline en long et en large a grands pas. Sans guere de resultat. Puis nous sommes revenus a la fine pointe du promontoire.
Et voila la confirmation de la premiere « decouverte », un puis plusieurs et, enfin, quelques dizaines de minuscules morceaux de silex. Rares son ceux qui depassent la longueur d’un ongle.
Cailloux insignifiants ? Que non car, a premiere vue, il s’agit surtout de lames tres fines et tres effilees. Comme le soir tombe, nous ramassons ce que nous pouvons dans un melange de cailloux et de terre brune et tres lourde.
De retour a l’hopital (oui ! nous sommes toujours au futur New Hospital), nous regardons de plus pres et nous analysons. Et c’est tout un « art » du silex qui se revele de cette maniere. Nous comptons trois « nuclei ». Ce sont ces blocs a partir desquels, par des operations tres precises et tres expertes, on peut detacher des lamelles.Ce qui est remarquable ici c’est que ces « nuclei » sont minuscules, guere plus grands que l’extremite d’un pouce.Ils ont tres probablement ete ramasses parmi les galets d’une riviere avant d’etre debites. Comme ces « nuclei » son minuscules, les outils sont a proportion et comme miniaturises. Mais ils regagnent en qualite de realisation ce qu’ils ont perdu en dimension. Cette lame tronquee a servi a gratter et on sent, en passant le doigt, qu’elle est emoussee a l’endroit de son « taillant » (signe d’une intense utilisation). Cette autre lame est taillee en pointe et a servi d’armature de fleche. Cette autre encore presente une tres fine retouche avec des eclats lateraux de moins de 1 millimetre de large. Le « clou » de nos decouvertes, la piece maitresse de ce petit « tresor » archeologique, est une lame de moins de un millimetre d’epaisseur sur trois centimetres de longueur. Sa matiere est pratiquement transparente et sa forme est d’une regularite surprenante. L’outil temoigne du degre d’expertise atteint par les hommes qui vecurent ici, voila 12 000 ans peut-etre, et qui creerent ces invraisemblables microlithes.
Quelques grammes de silex (nous n’en avons guere plus) nous ouvrent ainsi des horizons fascinants. Cotoyant les hommes du present (nos contacts sur le chantier, malgre la difficulte de passer du kannada, langue maternelle, des ouvriers et des manoeuvres au francais ou a l’anglais des fourmis, sont de plus en plus chaleureux), nous « touchons » aussi aux realisations de ces anonymes d’un lointain passe. Il y a 12 000 ans deja vivaient ici des hommes astucieux, tirant parti du moindre atout de leur environnement et capables d’une maitrise experte d’ume matiere exigeante. Les competences manuelles des Indiens d’aujourd’hui nous paraissent en fin de compte, plus comprehensibes.
Il faut etre fou pour etre fourmi. D’ailleurs, n’y a-t-il pas « fou » dans « fourmi » ? Rien ne les oblige a ce sejour de pres de quatre semaines dans un futur hopital, le long d’une nationale dans un coin perdu d’une ville inconnue des touristes et du reste du monde. Nous avons eu, preque toujours, de l’eau propre et une electricite intermittente. Mais il y avait meme des ventilos, un frigo et deux becs de gaz. Autour de nous, ni boutiques achalandees, ni petit cafe accueillant. Seulement des champs et des collines de caillasse sur lesquelles passent en permanence les troupeaux de chevres et leurs tout jeunes bergers.
Nous avons mange du riz, des nouilles, des haricots, quelques des de poulet. Et bu de l’eau et du the indien. Le matin nous avions du pain (ou des nouilles deja) avec de la confiture (sans fruit ?) et d’immanquables bananes. Des chapati et des pouris aussi parfois. Manifestement, la plupart d’entre nous ont, a ce regime, maigri de quelques kilos. En tout cas on ne s’en porte pas plus mal. A part un peu de turista et quelques maux de gorge, bonne sante sur toute la ligne. De quoi aurions-nous a nous plaindre ?
Certainement pas du chantier. Nous avons compte hier que nous devions avoir deplace quelque chose comme 150 tonnes de terre et de cailloux. Tout cela gratte a la houe et transporte dans des paniers de plastique. Nous avions demande du boulot de manoeuvre. Et c’est bien cela que nous avons eu en quantite respectable.
Connaissant les fourmis, vous vous doutez que nous avons travaille gratuitement et que nous avons eu a coeur d’assurer, a la roupie pres, tous les frais lies de pres ou de loin a notre presence. Deja que nous avions pris l’avion et assure tous les frais de notre deplacement jusqu’ici.
Il faut dire encore que ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. Car ce sont les fourmis encore qui ont amene l’argent qui permet de construire la totalite du home (largement sorti de terre depuis le jour de notre arrivee).
Demain, les « vacances » seront finies pour la plupart des fourmis. Car ce mois etait aussi le temps de leurs vacances. Et elles ne se tiendront pas encore pour quittes. Des la fin du mois d’aout, elles se retrouveront a la fete de l’abbaye de Saint-Denis pour commencer a (re)garnir le compte destine a financer le prochain projet. D’ici la fin de l’annee, les fourmis auront encore consacre quelques centaines d’heures pour financer les futurs projets qui ne sont meme pas encore definis a l’heure actuelle.
Aujourd’hui, entre les dernieres lessives artisanales, le nettoyage des locaux, les dernieres preparations « culinaires », un dernier rush sur le chantier, les fourmis pourraient faire le point. Il y aura des larmes, c’est sur, demain matin, au moment de dire adieu a notre cuisinere Wiswasi. Pour elle nous aurons ete le plus grand voyage qu’elle aura fait de toute sa vie. Un voyage etrange en communaute d’Europeens. Demain, nous dirons adieu a Austin, notre fidele et ponctuel ange gardien. Au milieu de ses autres taches, il aura toujours pris le temps de nous assurer les meilleures conditions de sejour et de travail. Demain, nous dirons adieu a « notre » bishop. Qui aurait imagine il y a quatre semaines que nous cotoyerions un eveque de maniere si proche, si simple et presque quotidienne. Notre bishop croit en la providence. Il ne semble pas trop s’etonner de ces quinze fous blancs venus a travers le ciel et l’ocean pour se mettre au service de son projet social et solidaire et pour le financer. Le ciel, indiscutablement, doit etre de son cote. S‘il savait que les fourmis ne sont pas specialement des piliers d’eglise ! Nous n’oublierons pas My Lord, notre bishop Robert.
Pour le meme prix et des centaines d’efforts en moins, nous aurions passe deux semaines (ou plus) sur une belle plage de la Mediterranee. Nous n’aurions pas ce bronzage de coureur cycliste. Mais qu’aurions-nous de plus ? Les fourmis auront quant a elles vecu une experience unique dans un coin inimaginable de notre monde. De vivre dans les memes dortoirs et a la meme grande table, elles auront echange leurs reves et leur quotidien. Au fond du coeur, elles auront la marque profondement imprimee d’un mois passe loin de toutes les routines et de tous les egoismes de nos pays riches. Elles replongeront bientot dans leur monde. Mais l’Inde continuera a les habiter. Pourront-elles s’empecher vraiment de rever a un autre depart ? A un autre tour de notre monde.
Avec son milliard (et quelques) d’habitants, l’Inde represente une part consequente du genre humain. Bien plus que l’Europe ou les Etats-Unis en tout cas. A elle seule, elle est plus peuplee que tous les pays d’Afrique reunis. Des vallees fertiles dans un climat de type tropical expliquent la densite du peuplement. Grace au riz, l’Inde n’a pas faim. De la a dire que tous les Indiens beneficient d’une alimentation equilibree ...
L’Inde est aussi la plus grande democratie du monde. En somme, le pays, avec ses traditions de non-violence et son incroyable sociologie, apparait comme un axe de stabilite a l’echelle de l’ensemble de la planete. On n‘ose imaginer cet immense communaute d’hommes en etat de guerre civile. De la a dire qu’il n’existe aucune tension ni aucune divergence de vue ...
Et dire que tout cela tient ensemble, sans trop de heurts et sans trop grand conflit (alors qu’il y aurait sans doute bien de quoi). Je suis tente de me representer la societe indienne sur le modele de la circulation routiere telle qu’elle se voit sur toutes les routes de ce pays. Tout le peuple indien est dans la rue. Les deplacements se font le plus souvent en grappes humaines. C’est specialement vrai pour ces camions et ces remorques de tracteur dans lesquels s’entassent jusque 30 ou 40 personnes (tous debout, le plus souvent). Le rickshaw est, a cet egard, la figure parfaite de la societe indienne : il forme une sorte de bulle enveloppant un groupe social. Quand les rickshaw se mettent en mouvement, ce sont cent groupes sociaux qui se frolent en remplissant tout l’espace de la rue sans, pourtant, jamais se toucher. Souvent on est au bord du contact mais chacun sait, a des signes convenus et souvent peu comprehensibles pour nous, jusqu’ou ne pas aller trop loin. On conduit hardiment mais on parvient a eviter tout contact. A l’interieur de son rickshaw-bulle, a portee de main des membres des autres bulles, chaque groupe se faufile en tricotant parmi les autres groupes. Tous ne vont pas necessairement dans la meme direction et il y a, bien sur, ceux qui viennent d’en face. Ainsi nous apparait la societe indienne comme une immense juxtaposition de groupes vivant en semblant s’ignorer entre eux. Ou, tout au moins, vivant sa vie sans trop se preoccuper des problemes ou du destin des autres. Une sorte de grand code de la route parait pareillement regler la vie des individus et des groupes. Les lois de la tradition proposent tous les modeles de comportement, les manieres de marcher et les manieres de manger, le comportement a avoir dans une classe d’enseignement primaire, l’attitude que doit adopter une femme sur un chantier ou dans la maison. Toute la vie indienne n’est certes pas programmee de A a Z. Dans un monde ou les croyances, les traditions, les cultures et les codes sociaux se positionnent en un eventail particulierement vaste, la voie de la tradition appaait comme la meilleure maniere d’eviter le risque de l’inattendu et de l’imprevisible. Dans une societe aussi dense, un equilibre s’est etabli qui permet a cent peuples de vivre ensemble, chacun restant dans son couloir historique.
La metaphore de la circulation nous conduit a une derniere question : ou va donc tout ce trafic ? L’Inde s’agite et tout y bouillonne comme dans une marmite. Est-ce le mouvement naturel d’un continent qui cherche simplement a vivre jusque demain ? A survivre ? Sans doute est-ce le cas pour beaucoup qui vivent comme leurs parents ont vecu. Leurs enfants leur emboitent le pas et continueront la ronde. Mais l’Inde n’est pas immobile. Le Boddhisme y revit. L’Islam prend de l’assurance. Sous les neons, les techniques de la modernite sont accessibles a des couches de plus en plus nombreuses de la population. On construit partout. Des hommes y font prosperer des entreprises immenses (Tata, Mital ...). L’Inde avance. La comparaison avec l’experience que nous avons vecue ici meme il y a 8 ans nous le prouve. Un regime politique democratique garantit les conditions generales de la manoeuvre. Une puissante tradition commerciale et manufacturiere fera le reste.
Oui, l’Inde pourra connaitre des jours meilleurs.
Sur les routes des Indes, on trouve de tout. Des pietons, des cyclistes, des mobylettes, des scooters, des motos Honda, des citadines (Suzuki, Honda ou Tata), des berlines (souvent des Hyundai), des tout-terrains, des camions, des tracteurs, des utilitaires legers, des buldozers, des cars, des bus scolaires ou non, sans oublier les celebres et pratiques richshaw, des chars a boeufs, des caleches, des vaches, des chevres, des chiens, des chevaux, des dromadaires et meme des voitures d auto-ecole ! Par contre, pas de trace d elephants.
La premiere regle a savoir est que le plus fort l emporte et que tout se joue a l influence. Toutefois, le policier est quand meme respecte. Deuxiemement, on roule en general a gauche, le volant est a droite et le premier rapport parfois en bas.
Le klaxon, peu utilise en Europe, retrouve ici toute son utilite. Chaque fois que l on va doubler quelque chose, on klaxonne deux trois fois. Parfois longuement quand on est agace. La distance entre deux vehicules est parfois de cinq centimetres, du vrai pilotage... Les clignos sont parfois utilises pour virer a droite. En meme temps, on peut tendre son bra comme a velo. Les autres signes sont une sorte de « Tais-toi » dirige vers le bas pour dire « Attends » et un « Vas-y ».
Une fois la nuit tombee, en campagne, les tuut tuut se font plus rares. Place alors aux appels de phares (min trois fois). Le cligno de droite veut aussi dire « OK tu peux me depasser » mais est aussi utilise durant le depassement. Les appels de phares sont aussi utilises de jour comme de nuit pour signaler sa position. Enfin, on peut noter que la distinction entre feux de croisement et de route est totalement ignoree. Les feux de detresse servent en cas de forte pluie et de gros freinage.
La plupart des freinages (sans frein moteur) sont dus a de petits casses-vitesse bien galeres. Parfois ils sont quatre en suivant !
Ah oui, si les phares fonctionnent, les feux eux sont souvent HS et GSM au volant en permanence.
Si vous entendez une melodie aigue, longue et bien joyeuse, pas de panique, ce n est que la marche arriere .
Quant au triangle de securite et aux cones lors de travaux et de pannes, ils sont remplaces par de gros cailloux de la taille d une demi-tete. Les accidents rencontres en cours de route sont effrayants mais pas etonnants.
Heureusement, nous sommes benis par l eveque et Saint-Christophe ne nous a pas encore lache.
Une fois tous les preparatifs de coffrage et de ferraillage termines, commence le betonnage des poutres de fondation. C est ici que nous constatons une large difference par rapport aux facilites occidentales. Il n’existe pas de centrale a beton dans la region avec la location de camions et de pompes : tout se fait a la main ou du moins presque tout. A cet effet, les Indiens utilisent une betonneuse a moteur essence du type qu’on utilisait lors de la realisation des bunkers en Normandie pendant la guerre 39 – 45. Le gravier et le sable se trouvant en tas autour du chantier sont apportes vers la betonneuse via des assiettes en metal portees par les femmes, assiettes posees sur leur tete. Le ciment est apporte par les hommes via des sacs de 50 kg : le melange peut commencer et etre complete par l’eau se trouvant a proximite. Vient ensuite le transport du beton : une fois de plus, ce sont les femmes qui s’y pretent...
Les assiettes metalliques amenees sur leur tete sont donnees aux hommes pour qu’ils puissent couler les poutres. Ces allees et venues durant des heures nous marquent sensiblement. Ce travail se termine par le tassement du beton par une aiguille vibrante a moteur et le lissage du dessus des poutres par l’utilisation d’une truelle. Du cote des Fourmis, c est la chenille...de mains a mains, les briques se deplacent du stock vers le centre de chaque future piece du batiment pour la realisation de la maconnerie.
Le beton durci apres un jour ou deux, les hommes commencent le decoffrage. Nous voyons le resultat et nous constatons de nouveau une difference par rapport avec celui des Occidentaux. Les poutres ne sont pas toujours bien droites et leurs finitions laissent parfois a desirer. Neanmoins et vu le materiel a disposition, cela est bien acceptable... Les Indiens passent au coffrage des colonnes par les memes methodes citees precedement. Mais une chose nous frappe encore : la stabilisation du coffrage lors du betonnage. Nous n’y trouvons que quelques morceaux de bois pour maintenir le tout. Nous travaillons malgre tout a proximite mais avec incertitude et mefiance. Ca tient, tout va bien ! Viennent ensuite, apres le decoffrage du reste des structures portantes, les maconneries... Ici, une fois de plus, tout se fait a la main. Quelques hommes preparent le mortier. Leur melange ne contient que peu de ciment et est tres sablonneux...Les femmes le portent jusqu’aux macons toujours via leurs assiettes metalliques posees sur leurs tetes. La chaine recommence et les murs montent. Nous pouvons aussi souligner que le beton et les murs sont regulierement arroses vu la chaleur qu’il fait en ce moment. Ceci permet a notre avis d’eviter les fissures et de garantir l’efficacite du beton arme et de la maconnerie. Pendant ce temps et cela jusqu’a leur depart, les Fourmis continueront le deplacement des terres au centre du batiment. La deuxieme partie de l’orphelinat etant debutee a present durera jusqu’a leur retour en Belgique. Les methodes et les techniques sont identiques a celles de la premiere partie de la construction mettant fin par la meme occasion aux articles ecrits a ce sujet...