Parmi les 25 Etats qui composent l'Inde, l'Andhra Pradesh, au centre du plateau du Dekkan, se situe au rang des plus déshérités. Le taux d'illettrisme y est de 46 %. La capitale, Hyderabad, compte cinq millions d'habitants. A Hyderabad, on trouve plusieurs universités dont sont issus près de 25 % des informaticiens indiens. C'est sans doute ce qui explique le développement d'un bon millier d'entreprises high-tech dans la capitale (parfois surnommée Cyberabad).

Mais, dans les rues de la ville, misère et nouvelle économie se côtoient. Mendiants décharnés et bidonvilles côtoient des publicités géantes vantant l'enrichissement. Notre projet se situe à cinquante kilomètres de là. Malkapur est le nom d'un village d'une dizaine de milliers d'habitants. L'agriculture y est restée dominante même si les paysans ont progressivement délaissé les productions alimentaires traditionnelles de première nécessité (sorgho, millet notamment) pour se tourner vers le coton et l'arachide. A l'initiative de l'ASBL "Enfants de la Paix", basée à Welkenraedt, un home y a vu le jour qui héberge actuellement un total de près de 200 enfants. C'est là que nous nous sommes rendus peu après le 15 juillet 2001.

Initialement créé un peu en dehors de la ville d'Hyderabad (1989), ce home s'est fixé comme mission d'accueillir des enfants issus des bidonvilles ou qui lui étaient confiés par la police. Du fait de l'augmentation du nombre de demandes d'insertion, l'ASBL "Enfants de la Paix" a acquis un terrain plus éloigné de la ville et assez grand pour permettre de faire de la culture et de garder quelques vaches. Tout y est à la charge de l'ASBL belge (construction, prise en charge des éducateurs, nourriture et frais des cuisiniers, habits, soins de santé etc).

"Le but final du home est de permettre à des enfants issus de familles pauvres et de caste inférieure ("Intouchables") de faire des études supérieures qui permettront à ces enfants de se forger un avenir et d'aider, par le fait même, leur famille".


Vue du bâtiment principal

 

 

Le projet dans lequel nous avons participé est important dans la phase actuelle de développement du home. Il n'y a ici que des enfants défavorisés et privés de tout lien familial (enfants recueillis dans la rue, orphelins, enfants dont les parents ne peuvent plus assurer la subsistance). Ces enfants ont entre 3 et 19 ans.

Ces enfants vivent ici depuis des années. Certains y sont arrivés si jeunes qu'ils ne se souviennent probablement pas d'une vie familiale antérieure. Une fois franchie la porte, l'enfant "accueilli" entre dans le cadre très organisé de la vie d'une grande famille que l'on ne quittera que le jour où l'on commencera une vie professionnelle. Nous voyons régulièrement partir des jeunes de 16 ou 17 ans. On nous dit qu'ils partent à Hyderabad, ou plus loin, pour poursuivre des études dans une école supérieure. On n'imaginerait pas autrement des enfants quittant pour la première fois la cellule familiale pour aller dans un internat ou dans un kot universitaire. Les filles versent même quelques larmes. Il est vrai que famille et école (les 10 premières classes) sont ici confondues. Les deux kilomètres qui séparent le home du premier village accentuent le fait.

Plusieurs fois, nous avons vu des parents venir ici avec des enfants qu'ils souhaitent faire " adopter " par le home. L'affaire est toujours très sérieuse. De la décision du directeur dépendra que l'enfant poursuive une scolarité ou non. Mais, au-delà, les parents cherchent aussi une issue face à des moyens d'existence qui font défaut. Car le home n'est pas un pensionnat. Plutôt une famille qui se substituera à la famille naturelle. A cet égard, le home est véritablement le salut pour ces enfants qui sont reçus. Certains dimanches, on voit des parents qui font une rapide visite à leur(s) enfant(s). Mais, ils sont rares. Pour les autres enfants, ni père ni mère à l'horizon.

Si vous voulez en savoir plus sur les difficultés de ces enfants, consultez les carnets...

 

Le home est aussi une école et les classes (et terrasses) sont les dortoirs permanents de cette grande fratrie de 200 enfants. Le matériel scolaire est rare. L'objectif du home est, non seulement d'alphabétiser, mais aussi de pousser aussi loin que possible la formation scolaire des enfants.

 

Les enfants vivent au home 365 jours sur 365. Leur journée se déroule selon un rythme immuable. Lever très tôt (4 heures du matin) pour se coucher à 22 heures. Entre ces deux heures "butoirs" se succèdent l'étude matinale, la toilette, le déjeuner, les cours, la pause de midi avec le repas, de nouveau des cours, la pause gymnastique, toujours des cours, la prière, le souper et l'étude en soirée. N'oublions pas que les enfants ne retournent pas chez eux le soir... Heureusement, quelques rares moments de détente sont prévus entre temps. Seul le dimanche fait exception à cette règle... et les enfants ont la possibilité de regarder l'unique télévision !