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Les
fourmis, rêves et croyances humaines
Une référence symbolique riche et complexe …
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Les
fourmis sont à la base d'un bon nombre de nos mythes et croyances.
En
Afrique, elles occupent une place prépondérante dans la tradition
orale et écrite au même titre que le lion ou le phacochère; chez
les Dogons du Mali fut étudié une mythe cosmogonique dans le cadre
duquel les fourmis occupent une place centrale; trois versions
expliquent l'origine de la Terre.
L'une
d'elles, énoncée dans l'ouvrage "Dieu d'eau" implique les
fourmis dans la formation de la terre. Pour les Dogons, Amma,
le créateur du Monde, était un potier. Il commença par fabriquer
l'astre solaire et l'astre lunaire en pétrissant deux boules de
terre en forme de canaris. Il leur donna la couleur rouge pour
le soleil et blanche pour la lune. Puis il prit un peu de terre
et la modela en forme de femme dont le sexe était une fourmilière.
C'était la Terre, avec laquelle il s'accoupla pour donner le Chacal
et les Monno. Ceux-ci donnèrent les ancêtres des hommes d'aujourd'hui.
La
connaissance des fourmis est parfois plus terre à terre. Pierre
Jaisson explique dans son ouvrage "La fourmi et le sociobiologiste"
que les indiens Lacandons du Chiapas (Mexique) avaient une terminologie
binominale pour désigner les fourmis de leur forêt, ce qui montre
leur connaissance approfondie de la nature. Certains indiens de
l'altiplano mexicain identifient la fourmi comme le serpent corail
qui fonde les sociétés de fourmis champignonnistes Atta.
Ils le considèrent comme la reine des fourmis. Effectivement,
le serpent entre impunément dans la colonie pour y pondre, d'où
la légende qui en fait le fondateur de la fourmilière. Le même
type de légende existerait à Madagascar pour d'autres fourmis
et d'autres serpents.
Un
proverbe Mossi, au Burkina Faso, dit que lorsque les fourmis coordonnent
leurs mandibules elles transportent un éléphant.
Les
fourmis inspirent les courants philosophiques et théologiques
plus récents à travers le monde comme elles l'ont fait pour les
croyances plus anciennes. Elles sont présentes dans le Coran.
La sourate 27 porte leur nom. Les fourmis sont mentionnées dans
le verset 18. Elles y apparaissent comme un peuple évolué apeuré
par la venue de Salomon. Ce texte datant de l'époque du Prophète
servit par la suite de support à Djahiz dans son Kitâb al-hayawân
(Le livre des animaux, 8/9ème siècle). Dans ce livre, Djahiz
décrit la fourmi comme un animal doté d'un odorat extrêmement
fin lui permettant de détecter la nourriture à de grandes distances
et d'informer les autres fourmis de la présence de cette nourriture.
Le comportement des fourmis moissonneuses est aussi décrit.
Les mêmes données se retrouvent dans "Les merveilles de la
création" (Quazwini, 13ème siècle) et " La grande vie des
animaux" (Damiri, 14ème siècle) (A. Aarab, comm. pers.).
A
l'image de la philosophie de l'antiquité, les fourmis sont prises
comme exemple par certaines religions. Dans le Talmud, elles sont
le symbole de l'honnêteté et de la vertu; pour le bouddhisme,
elles représentent les activités matérialistes. Là encore, c'est
bien souvent l'apparente perfection de leurs organisations sociales
ainsi que les similitudes entre leur comportement et le nôtre
qui incitent les prophètes à les prendre pour exemple.
Jean
ROUSSEAU - A partir de "Les fourmis", Alain Lenoir
dans "Si les lions pouvaient parler"
sous la direction de Boris Cyrulnik, Gallimard, 1998.
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