La classe de Coralie désire des correspondances écrites avec une classe d'enfants burkinabés (avertissement et quelques pistes)
 

Bonjour Coralie,

Je crois que l'expérience pourrait être très enrichissante ... à condition de respecter quelques règles essentielles et de travailler dans une logique " gagnant-gagnant" ... c'est-à-dire "gagnant ici" et "gagnant là-bas".

L'idée de ton maître de stage est-il bien de développer un projet qui permettrait la prise en charge du parrainage d'un enfant dans l'école de Pierre Sawadogo ? Ce serait, je crois, le plus beau geste qui puisse se faire. En tout 125 euros qui permettraient à un enfant de suivre une scolarité en école primaire pendant une année complète. Cette somme correspond au coût de l'école mais remplace également ce que serait le "revenu" de cet enfant s'il restait en dehors de l'école. Il faut bien faire percevoir aux enfants de 6e primaire que tous les enfants de leur âge au Burkina ne sont pas scolarisés. Que ces derniers gagnent un peu grâce au fait de ne pas "devoir" aller à l'école (enseignement évidemment non obligatoire). Et que ceux qui ne sont pas scolarisés sont également ceux qui ne mangent pas à leur faim ou, tout au moins, ne mangent qu'une nourriture que l'on donnerait à peine aux cochons chez nous.

Il ne s'agit toutefois pas de faire du misérabilisme. Ces enfants ne
demandent pas d'être plaints ou qu'on pleure sur eux. C'est une chose qui ne les aide pas du tout. Il faut donc que chaque enfant se trouve placé devant une responsabilité et une décision qu'il prend. Continue-t-il à vivre de la même manière ou invente-t-il une autre façon de vivre (à certains moments) en fonction de ces enfants qu'il découvre ? C'est à eux d'inventer les comportements et les actions qui vont avec. Il ne suffit en tout cas pas de donner de l'argent ... pour être quitte de toute réflexion à ce propos.

Pour toi, les choses doivent aller plus loin.

Je ne sais pas exactement de quelle manière tu comptes faire dialoguer les enfants d'ici et de là-bas. L'école de Kossoghin ne possède pas de téléphone (seulement un peu d'électricité via le solaire ... d'ailleurs). L'école n'a pas non plus de fax (forcément) ni d'ordinateur (puisque pas d'électricité). Par contre, nous avons équipé Pierre Sawadogo de tout ce matériel mais il habite à plusieurs kilomètres de l'école. Certains enfants pourraient aller dans un cybercentre en ville ... mais comme ils sont du quartier, je ne crois pas que ce serait très envisageable.
Le problème est un problème de ressources. 15 minutes d'internet coûtent au moins 150 F CFA (ce qui ne fait que 0,25 euros). Mais cette somme coprrespond à ce que l'on utilise là-bas pour payer plusieurs repas ... de pas très bonne qualité.
La papier coûte également. Et aussi (surtout) le timbre (6 ou 700 F CFA) sur une enveloppe. Alors il me semble que si tu veux communiquer, il faut d'abord trouver l'argent pour que les enfants Burkinabè puissent payer le prix de la communication.

Peut-être (je n'en suis pas sûr du tout) y a-t-il un enfant de l'école de
Pierre dont les parents ont accès au courrier électronique ou à internet ... Mais j'en doute quand même. Ce n'est pas du tout les mêmes manières de vivre et de travailler que nous.

Enfin, je ne sais pas trop de quelle manière les enfants d'ici peuvent
"écrire" à leurs correspondants africains ... Mais ces derniers ne sont pas aussi habitués que les nôtres à exprimer une pensée et des idées personnelles. C'est ainsi. Donc, leur lettre sera probablement très "éduquée'" et peut-être prise en charge, dans le respect des convenances, par les instituteurs eux-mêmes. Ne pas oublier qu'on est encore au temps du châtiment corporel régulier dans toutes les écoles primaires du Burkina.

Car il y faut un temps d'approche. Nous ça fera 10 ans cette année que nous avons commencé cette approche et nous continuons à nous étonner tous les jours. Les Burkinabé ne disent jamais non. Mais dire oui est toujours dans une perspective de voir l'interlocuteur prendre en charge une collaboration étroite. Pierre, le directeur de l'école, ne demande pas le retour de l'ascenseur. Il ne comprendrais simplement pas que tu ne sois pas préoccupée de faire revenir l'ascenseur ... C'est ça les rapports Nord-Sud.